Macha Makéïeff s'exprime sur la question de l'amiante à La Criée : l’équipe est sur le pont face à l’adversité !

La Criée reste ouverte !

Macha Makéïeff s'exprime sur la question de l'amiante à La Criée : l’équipe est sur le pont face à l’adversité !   - Zibeline

Lorsqu’on a appris qu’une fois encore il y avait de l’amiante à La Criée, l’impression désespérante qu’on n’en sortirait jamais gagna… Mais pas de fatalité, l’équipe est sur le pont face à l’adversité !

Zibeline : Que s’est-il passé ? Pourquoi à nouveau de l’amiante ?

Macha Makeïeff : Dès que j’ai su qu’il y avait des traces j’ai couru à la mairie pour regarder avec eux ce qu’il en était des travaux. Tout a été fait, dans les normes et au-delà… mais un désamiantage n’est jamais total, un mur peut avoir été imprégné, qu’on perce, et dans les cages de scène les techniciens percent les murs.

Oui, en 2009 les salariés avaient émis des doutes sur l’efficacité du désamiantage, et déjà il avait fallu recommencer. Trois saisons avaient été perturbées, de 2009 à 2011…

C’est pourquoi cette fois-ci je veux non seulement un désamiantage classique, mais aussi une protection mécanique, c’est-à-dire une couverture des murs pour ne plus percer le béton, et je veux associer l’équipe technique de la Criée pour concevoir cette protection mécanique en fonction, précisément, de leur usage professionnel particulier.

Que va-t-il se passer concrètement dans les mois qui viennent ?

Nous devions fermer en mai de toute façon pour les travaux dans le hall, qui sont prévus jusqu’en janvier. Nous allons essayer de dédoubler l’équipe des travaux et tout mener en même temps : désamiantage et embellissement du hall. Jusque là le théâtre fonctionne : le restaurant, la petite salle dans laquelle nous allons accueillir Eva Doumbia. Notre calendrier est inchangé, et pour l’heure nous avons déplacé les grands spectacles sur le Plateau de La Friche et au Parc Chanot. Le reste de la saison était déjà, de toute façon, prévu au Silo ou au Pharo, en raison des travaux du hall. Le théâtre devrait rouvrir normalement, c’est-à-dire en janvier, avec la saison nouvelle, et d’ici-là de belles choses hors les murs, dont un grand temps fort à La Friche dès septembre, une collaboration avec la Gare Franche, avec le MuCEM, en mai… Nous allons en profiter pour nous inscrire différemment dans la ville.

Ces délocalisations imprévues engendrent-elles des coûts supplémentaires ?

Evidemment, au Parc Chanot surtout, mais la Ville suit. À La Friche nous n’avons pas pu accueillir tout le public prévu, cela engendre des déficits en termes de billetterie, de location… Mais le public suit. J’adore mon public, patient, aimable, à Paris les abonnés auraient râlé, ici on reçoit des messages de soutien et de sympathie, et toute l’équipe est formidable.

Pourtant cette équipe a souffert, gravement, des problèmes liés à l’amiante.

Il y a eu un coût humain énorme, mais il semble que cette fois l’adversité soude tout le monde, et que mon projet, à long terme, de lutter contre le danger de disparition de cette maison, en la rendant saine et accueillante step by step, dans la concertation et la convivialité… que ce projet d’assainissement de cette maison soit compris et partagé, par l’équipe, par le public, par la mairie. Il n’y a pas de malédiction dans ce théâtre, pas de fantôme malfaisant, et il ne faut pas que l’amiante soit un prétexte à fermeture. Les millions consacrés au désamiantage ne doivent pas impacter le budget de fonctionnement de ce théâtre que les Marseillais aiment et défendent.

Où en êtes-vous, d’ailleurs, de votre financement ?

La Ville a augmenté son financement, mais cela reste un CDN (Centre Dramatique National ndlr) peu doté. Parce que ni la région ni le département ne nous financent, et que l’État ne veut pas aller au-delà de 80%. Tout l’enjeu est de réussir le tour de table, de faire entrer les collectivités territoriales pour que cette barre des 80% soit plus haute…

Avez-vous l’impression aujourd’hui de remplir vos missions ?

Oui ! Le public est présent, renouvelé, mêlé, nous menons des actions pédagogiques, partout, des lycées aux prisons, nous faisons venir des spectacles qui jamais n’étaient venus, cette maison revit ! Mais nous voulons aller plus loin : le public reconquis nous permettrait aujourd’hui de prévoir des séries de représentations plus longues, qui nécessitent le bouche à oreille, nous voulons développer encore le théâtre amateur, le théâtre musical… et continuer à privilégier les compétences et talents autour de nous.

On vous reprochait par ailleurs d’avoir plutôt une programmation pluridisciplinaire, de scène nationale, que théâtrale, de centre dramatique…

C’est fini, en épluchant la programmation tous se sont rendu compte que la barre des 10% de musique ou de danse était respectée. Ce reproche-là n’est plus un sujet, on est dans les clous.

Et au niveau de votre travail de créatrice ?

Beaucoup de petites choses : je reprends les deux volets des Âmes offensées, je prévois des lectures en lien avec la programmation du MuCEM, un Pierre et le Loup… et ma création de l’année, Trissotin et les Femmes savantes… Mais vous saurez tout cela quand nous dévoilerons notre saison dans un mois !

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Avril 2014

Photo : Macha-Makeïeff-©-France-Keyser

La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/