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Le Théâtre de la Comédie de Marseille et son directeur Jean-Pascal Mouthier sur la sellette

La Comédie tourne au vin(aigre) de messe

Le Théâtre de la Comédie de Marseille et son directeur Jean-Pascal Mouthier sur la sellette - Zibeline

Nouvel épisode du conflit entre le théâtre et le diocèse de Marseille. Acte final ?

« On veut ma mort matérielle ! » Jean-Pascal Mouthier part de nouveau au combat. C’est la cinquième fois que le directeur du Théâtre de la Comédie de Marseille (TCM) est assigné en justice par l’archevêché, propriétaire de l’édifice, qui lui réclame aujourd’hui 130 000 €. Convoqué au tribunal le 25 avril, il joue gros. Le feuilleton débute en 1999, quand cet utopiste propose à l’archevêché de transformer en théâtre un vieux cinéma, alors fermé, sur le boulevard Jeanne d’Arc. Un accord est trouvé : Mouthier prend en charge la réhabilitation du lieu en contrepartie d’une exonération de loyer pendant 12 ans. Au-delà, celui-ci s’engage à payer 1500 € par mois. « À mon arrivée, il y avait quatre murs. J’ai tout reconstruit, seul, pendant douze ans. Les fauteuils viennent de l’Odéon et le rideau de la Foire de Marseille », raconte le passionné. 2013, le théâtre ouvre ses portes. 2014, premier retard de loyer. « Le locataire n’ayant versé que quatre mensualités, le diocèse entame une procédure pour demander le paiement », explique Maître Camille Tapin-Reboul, l’avocate de la partie adverse. Le théâtre réagit et lance une pétition de soutien. « 23 000 signatures dont 11 000 en 24 heures. Un record », affirme son directeur. Parmi les pétitionnaires de nombreuses personnalités du monde culturel et politique. Devant la levée de bouclier, le diocèse fait machine arrière. Pas pour longtemps. En 2015, nouvelle croisade.

Bruno Gilles dans le viseur

Le sénateur-maire Les Républicains du secteur, Bruno Gilles, arrive à la rescousse, lançant la proposition de municipaliser l’établissement culturel. Partisan d’un théâtre de service public, le saltimbanque se prend à rêver. La réponse de la mairie centrale le fait déchanter : trop cher. L’édile des 4e et 5e arrondissements revient alors à la charge, un nouvel accord avec l’archevêché sous le bras. Il contient un bail emphytéotique de 18 ans, une dette ramenée à 30 000 € payée grâce à une subvention exceptionnelle obtenue par le parlementaire et un loyer mensuel abaissé à 400. « Monsieur Mouthier n’a jamais signé le bail et n’a jamais versé les 30 000 € », affirme Maître Tapin-Reboul. « Cette somme est sur un compte bancaire », assume le directeur, accusé par son propriétaire de ne pas avoir répondu formellement à l’offre. « Ils ont sans cesse reporté les rendez-vous. Je signe quand ils veulent mais maintenant ils disent que c’est trop tard », rétorque celui qui a vu toutes ses demandes de subventions publiques refusées. Mais le point sur lequel les deux parties tombent étonnamment d’accord est la responsabilité de Bruno Gilles dans cet échec. Le candidat à la succession de Jean-Claude Gaudin s’en défend. « J’ai beaucoup aidé Jean-Pascal Mouthier car j’ai été séduit par son projet. J’ai obtenu de l’archevêché qu’il coupe la poire en deux et donc qu’il perde beaucoup d’argent. La municipalisation aurait pu aboutir dans une situation assainie. J’ai fait ce qu’il fallait faire. Je ne me mettrai plus jamais autour de la table, je suis très déçu », tranche-t-il.

Grève de la faim

Pour le directeur du théâtre, l’acharnement dont il est la cible cache un motif jamais avoué :un juteux projet immobilier. Et de rappeler que c’est aussi le diocèse qui a tué le théâtre Nau en 2012 pour cette même raison. « Il n’y a pas d’ambition immobilière et le but du diocèse n’a jamais été de faire obstacle au projet de Monsieur Mouthier ni de faire fermer le théâtre. Au contraire, il l’a soutenu mais il est difficile de négocier avec quelqu’un qui ne respecte pas ses engagements », plaide l’avocate. L’archevêque, un mécène incompris, en quelque sorte ? Des propos qui font éclater de rire nerveusement le directeur. « On va détruire en un instant l’ouvrage de ma vie. Quelle est ma faute ? Avoir créé de mes mains un théâtre de 260 places et essayer d’y faire vivre la création au service du public ? Le combat n’est pas seulement de sauver un lieu mais d’interroger sur la place de la culture dans cette ville qui en a été la capitale européenne en 2013. » Et l’homme de théâtre n’écarte pas la grève de la faim comme acte de résistance.

LUDOVIC TOMAS
Mars 2019

Photo : Théâtre de la Comédie c X-D.R.