"Faire couple" : une après-midi de réflexion aux Arcenaulx organisée par l'ACF MAP le samedi 20 juin

Je vous souhaite d’être follement aimée

• 20 juin 2015 •

On ne parle que de ça ! Depuis toujours ! Au cinéma, en littérature, sur les divans ! Et, en ce samedi 20 juin, dans le rouge et or des Arcenaulx où l’ACF MAP (Association pour la Cause freudienne Méditerranée-Alpes-Provence) organisait une après-midi entière sur le sujet, on en parlait encore. De quoi ? D’amour, bien sûr ! De désir, de jouissance, de l’UN avec et sans l’Autre. Au menu, une conférence de Sonia Chiriaco autour de la question : «Avec qui et comment fait-on couple au XXI siècle ?» suivie par deux exposés très courts sur les liaisons inconscientes du couple pour les écrivains. Le premier d’Elisabeth Pontier à partir du roman de Véronique Olmi J’aimais mieux quand c’était toi. Le second de Patrick Roux à partir de l’incontournable premier volume de la Recherche du temps perdu de Marcel Proust : Un Amour de Swann. Le tout, ponctué de lettres d’amour choisies par le comédien Nicolas Guimbard, et conçu comme une mise en bouche des 45è journées de L’École de la Cause freudienne qui auront lieu les 14 et 15 nov à Paris sur le thème : Faire couple, liaisons inconscientes.

L’air du temps, la disjonction

Sonia Chiriaco est partie des propos de jeunes analysants pour observer qu’il y a aujourd’hui un renversement de la proposition de Lacan : «Seul l’amour permet à la jouissance de condescendre au désir». Pour eux : « Le désir permet à la jouissance -sous certaines conditions- de condescendre à l’amour». Aller plus loin dans une relation, ce n’est plus coucher mais aimer. Et, si le sexe de plus en plus précoce dans les sociétés occidentales n’est plus  soumis aussi fort aux interdits, que du temps de Freud, s’il ne finalise plus une «brûlante» attente, l’amour toujours idéalisé, reste un horizon lointain, incertain, dissocié de la jouissance des corps, espéré mais redouté, honteux de se déclarer. Face à la crudité du langage du sexe, au diktat du jouir, dans une pornographie généralisée, et une consumérisation des partenaires en CDD, ce sont les mots d’amour qui paraissent des «gros» mots. On ne donne pas son «manque» facilement. La disjonction entre amour et sexualité n’est pas neuve. Pour autant, au-delà de l’Œdipe, cette disjonction, devenue non plus un clivage de nature mais de structure, s’analyse différemment. On sait bien au fond que tout homme, toute femme ne convient pas, que dire à quelqu’un : «je vous désire» équivaut à lui déclarer : «je vous implique dans mon fantasme fondamental» et que, comme l’affirme Lacan, il n’y a pas de rapport sexuel.

Faire couple malgré tout

On voudrait lutter contre le hasard, contre la jouissance rebelle, croire aux neuro-sciences, à la prédestination chimique ou divine. Fabriquer du couple, c’est ce que proposent les sites de rencontres qui vendent un «appareillage» raisonné, fondé sur la ressemblance des partenaires, ignorant Lacan, la part du mythe, des fantasmes et symptômes qui interviennent dans la conjonction amoureuse. On ne désire pas forcément ce qu’on veut. Tel qui n’aimant que la maigreur sera attiré par les chairs généreuses, ou telle qui, éprise de liberté, ne rencontrera que des tyrans. Odette n’étant définitivement pas le «genre» de Swann. Surprenante, sidérante, la constitution d’un couple ( hors analyse sociologique) tient du miracle sur fond de mirage. Et sa durée, de l’acceptation des malentendus et du bricolage. Les symptômes de l’un résonnant avec ceux de l’autre.

Sonia Chiriaco s’est attardée sur l’analyse de HER, le film de Spike Jonzedans un futur très proche, Théodore (Joachim Phoenix) écrivain public en instance de divorce, rédige des lettres personnelles manuscrites pour d’autres. Incapable d’assumer le réel, il tombe amoureux d’un système d’exploitation OS1 doté d’un prénom, Samantha, d’une voix (celle de Scarlett Johansson) et d’une intelligence artificielle qui évolue et s’adapte. Un couple parfait ? Un amour sans danger ? Sans malentendu ? Sans chagrin ? Que nenni, bien sûr. Une fable qui en montrant l’échec d’une relation imaginaire programmée et en revalorisant la rencontre hasardeuse rejoint le Lacan de Encore, et montre que l’amour est un pari.

C’est par la lecture de la lettre d’André Breton à sa fille Aude dans L’Amour fou que s’est terminée l’après-midi, sur ce vœu final qu’on aimerait adresser à tous : «Je vous souhaite d’être follement aimée».

ELISE PADOVANI
Juin 2015

Photo : Élise Padovani

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