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Entretien avec Francesca Poloniato, nouvelle directrice du Merlan

«Je ne dissocie pas création et action artistique»

Entretien avec Francesca Poloniato, nouvelle directrice du Merlan - Zibeline

Francesca Poloniato, qui vient d’être nommée directrice du Merlan, nous parle de son parcours et de son projet pour la scène nationale.

Zibeline : Comment vous présenteriez-vous à nos lecteurs ?

Francesca Poloniato : Je suis née en Italie, dans une famille d’ouvriers, et venue en France à 5 ans, à Nantes. Je suis forgée par cette double culture, et on peut parler pour moi d’intégration républicaine, grâce à l’école notamment, à certains enseignants exceptionnels, dont monsieur Ayrault d’ailleurs… J’ai été éducatrice spécialisée pendant de nombreuses années, et très vite j’ai pensé qu’il fallait amener les jeunes en difficulté à s’exprimer artistiquement. J’ai travaillé avec des enfants, des mineurs incarcérés. Puis, avec des jeunes filles abusées, j’ai rencontré Claude Brumachon.

Qui était en charge du centre chorégraphique de Nantes

Oui. À la suite du travail avec ces jeunes filles, en 1995, il m’a demandé de travailler pour lui, dans son équipe. J’y suis restée jusqu’en 2000, puis j’ai rejoint Didier Deschamps au Ballet de Lorraine.

Dans quelles fonctions ?

Directrice du développement. Je gérais une équipe de 56 personnes à Nancy. En 2001 j’ai rejoint Anne Tanguy à Besançon, afin de réunir la scène nationale qu’elle dirigeait avec le théâtre musical voisin. Je suis toujours arrivée dans des lieux où il y avait des projets nouveaux, des choses à faire.

Ce qui est aussi le cas au Merlan…

Oui, les spécificités des enjeux de ce théâtre correspondent à mes aspirations.

Comment les définiriez-vous ?

Il faut tenir compte de l’implantation particulière de ce théâtre, dans un territoire qui est une ville dans la ville. Mais c’est aussi une scène nationale pour tout Marseille. Mon projet est bâti sur trois mots : présence, ouverture, partage. J’ai un grand désir, très fort, d’être un passeur d’art. Les artistes et les habitants doivent s’emparer de la parole aujourd’hui.

Comment allez-vous réaliser ce projet ?

En m’appuyant sur une bande d’artistes : Pauline Bureau, Antonella Amirante et Céline Schnepf, qui sont des auteurs metteur en scène qui travaillent sur l’enfance, l’adolescence ou le féminisme, avec des esthétiques différentes ; François Cervantes, auteur et metteur en scène également ; pour la musique Fred Nevchehirlian sera mon conseiller, dans un esprit d’ouverture à toutes les esthétiques musicales, et enfin Mikaël Philipeau et Nathalie Pernette, chorégraphes. Chacun va écrire, résider ici, travailler avec les habitants. Je ne dissocie pas création et action artistique, et ces artistes-là intègrent dans leur travail, d’une manière ou d’une autre, leur rencontre avec les gens.

Ils seront avec vous au Merlan, des artistes associés ?

Non, mais ils viendront résider ici, écrire, créer, tous les sept, durant les trois années à venir.

Allez-vous travailler avec d’autres artistes du territoire ?

Oui, c’est important, d’une part parce qu’il est plus facile d’entreprendre au long cours avec des gens qui sont là, d’autres part parce qu’il faut soutenir, en moyens de production, le territoire. Il est évident que je vais travailler avec la Gare Franche et le KLAP, non seulement en tant que lieux artistiques, mais aussi avec Alexis Moati et Michel Kelemenis en tant qu’artistes. Pour la musique, je veux faire de cette scène un véritable lieu pluridisciplinaire. Et aussi créer une ruche, une cellule d’accompagnement pour les compagnies de la région qui peinent à mettre en route leurs projets. Je veux que le Merlan serve de relais auprès des tutelles et des programmateurs, des institutions, pour les aider à entrer dans le réseau…

C’est la première fois que vous allez construire une programmation ?

Je programmais à Besançon, mais n’en avais pas l’entière responsabilité. Pour l’heure je travaille à la saison 2015/2016, en sachant que j’aurai peu de moyens pour la fin 2015, l’exercice étant budgétairement bien entamé.

Quels liens voulez-vous tisser avec la Busserine, avec la médiathèque ? Comment allez-vous gérer le cinéma ?

La Busserine est juste en face, il faut travailler avec cette salle qui programme et a un public ! Quant au cinéma, soit on arrête soit on investit, cet entre-deux n’est pas tenable…

À propos de budget, considérez-vous que celui du Merlan est suffisant ?

C’est une petite scène nationale, avec un financement de 2,2 millions d’euros. La jauge de 350 places et la politique tarifaire, que je ne veux pas changer, ne permettent pas de faire beaucoup de recettes. Le Merlan n’aura donc pas les moyens d’inviter Platel par exemple. C’est dommage, mais on peut inventer autre chose…

Et vous arrivez quand à Marseille ?

Demain. Pour l’ouverture de la Biennale du cirque ! Et bien sûr, je travaillerai avec Guy Carrara…

Entretien réalisé par AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2015