Entretien avec Didier le Corre, un breton à la tête de la Scène nationale de Cavaillon

«Je fais le pari de l’intelligence»

Entretien avec Didier le Corre, un breton à la tête de la Scène nationale de Cavaillon - Zibeline

Deux des quatre scènes nationales de la Région PACA ont changé de direction récemment. Didier Le Corre succède à Jean-Michel Gremillet à Cavaillon, et Gilles Bouckaert a pris la suite d’Annette Breuil à Martigues (lire ici son entretien). Présentations…

Didier le Corre a succédé à Jean-Michel Gremillet le 2 janvier à la tête de la Scène nationale de Cavaillon. Recruté sur un projet qu’il qualifie de prudent, le breton d’origine assume en douceur la transition vers le sud, et souhaite concilier exigence artistique et démocratique.

Zibeline : Votre parcours est atypique, vous avez une formation dans les travaux publics, avez été directeur des affaires culturelles dans la Marne, administré l’Institut et l’école de la marionnette de Charleville-Mezières, dirigé les scènes de Vitry-le-François et d’Albertville. Comment arrive-t-on à la direction d’une scène nationale ?

Didier Le Corre : Ça n’était pas ma vocation au départ, je m’étonne moi-même d’avoir été retenu ! J’ai senti qu’il fallait remettre du lien sur ce territoire, en affirmant mes axes d’engagement autour de l’accès au plus grand nombre. Je suis issu d’un milieu ouvrier, mon premier accès à la culture c’est grâce au collège. Ce sont les hasards des rencontres de gens investis dans la culture et mes valeurs socio-culturelles qui m’ont amené à diriger des théâtres.

Votre première tâche sera de renouer le dialogue avec la municipalité…

Je ne prends pas en héritage les remous avec la ville, liés à des problèmes de personnes et des projets qui ne sont plus partagés. Il m’apparait prioritaire de renouer le contact avec les élus locaux. Je ne prendrai pas d’engagement politique en tant que directeur, ce qui n’exclut pas que je défende certaines valeurs, hors du débat politicien.

Vous souhaitez un rééquilibrage de la programmation. C’est-à-dire ?

La saison de Jean-Michel (jusqu’à juin 2014, ndlr) est au top niveau ! C’est une belle pression qu’il me laisse. Il y a une demande en faveur des jeunes et des musiques actuelles, je souhaite être partenaire et complémentaire des SMAC de Vaucluse, en leur offrant un plus grand plateau et les accompagnant sur les réseaux. Il faut développer les esthétiques pour que les jeunes s’ouvrent à toutes les musiques. Et au reste ! Si je m’inscris dans la continuité de la ligne artistique, je veux intensifier les partenariats avec les opérateurs culturels, accueillir plus de danse, d’arts du cirque, et de projets pluridisciplinaires. Je suis en contact avec l’auteure et metteure en scène Pauline Bureau, Dorian Rossel, la Cie Les anges au plafond, Gilles Cailleau et son projet Shakespeare. La cie Arcosm sera associée pour 3 ans.

Et les artistes de la région ?

Je ne suis pas d’ici, alors je prends mon bâton de pèlerin et je vais les voir. Je serai vigilant et attentif à leur travail.

L’éducation artistique est une de vos priorités ?

Je veux élargir la décentralisation des Nomade(s) au-delà des 15 kms, dans les villages, les quartiers. On ne doit pas apparaître comme des prestataires mais nouer un vrai partenariat avec les communes d’accueil, et intensifier la rencontre entre artistes et publics. Je crois en la pédagogie de l’expérience. Et je fais le pari de l’intelligence !

PROPOS RECUEILLIS PAR DELPHINE MICHELANGELI
Janvier 2014

Photo : Didier-le-Corre,-janvier-2014-©-Delphine-Michelangeli

La Garance
Scène nationale de Cavaillon
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84306 Cavaillon
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