JaZZ XX

 - Zibeline

Les jazzwomen existent, et pas qu’au chant !

À l’heure de la sieste, 150 personnes bien éveillées se sont pressées à l’Alcazar ce 20 juillet pour la projection du documentaire Femmes du jazz (FIPA d’or 2000) en présence du réalisateur Gilles Corre, des chanteuses de Doodlin et de Térez Montcalm programmée le soir-même au Palais Longchamp, avec quatre  hommes d’ailleurs… (voir là). La rencontre organisée par FFM en partenariat avec FJ5C, dédiée à la flûtiste Dominique Bouzon récemment disparue, fut suivie d’un débat sur le jazz au féminin. Écrite majoritairement par les hommes, l’Histoire du jazz célèbre les grandes chanteuses du répertoire ignorant le plus souvent les instrumentistes pourtant très nombreuses dès l’origine. Partant de ce constat, à l’occasion du Mois des femmes du jazz à New York  initié en 1999 par la percussionniste Susie Ibarra et le Tonic Bar, Gilles Corre interviewe une vingtaine de musiciennes vouées corps et âme à leur art. Il les filme jouant dans des clubs, répétant dans des studios, les suit chez elles, les accompagne dans des bars, dans la rue, à Central Park. Leurs témoignages s’insèrent dans le mouvement incessant d’un Manhattan qu’elles adorent, «toit du monde» pour la flûtiste Elise Wood, «source constante d’inspiration» pour l’ascétique Myra Melford. Une ville de musiciens qui pulse et vibre balayée par la fluidité des travellings. Territoire d’une compétition exacerbée, où vivre de musique reste difficile pour tous mais particulièrement pour les femmes dont on exige toujours plus de persévérance, de compétences, de sacrifices. Quand Bertha Hope relate comment un agent conquis par une démo-audio  renonce à engager le Jazzberrie Jam parce qu’il découvre que ce trio est exclusivement féminin, quand la harpiste Elisabeth Panzer évoque sa difficulté à imposer son solo dans un groupe mixte, quand Marilyn Crispell se voit complimentée par un «Tu joues comme un homme ! », quand  Maria Schneider, leader de big band, renonce à porter la robe sur scène parce que «ça fait trop nana», quand  Ingrid Jensen raconte avec humour comment, elle qui ose la trompette après Miles et Chet, est d’abord «jugée avec les yeux», on perçoit le carcan des stéréotypes. « Être femme, est-ce que ça s’entend ?» s’indigne la pianiste Magali Souriau. Douze ans après cette enquête, même si les jazzwomen demeurent sous-représentées, on ose espérer que le monde du jazz est devenu moins macho.

ÉLISE PADOVANI

Juillet 2012

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