In, off, out, les cagoules, les banlieues et les marges

 - Zibeline

Pour la première fois une capitale culturelle aura un Off, dit-on. Mais celui-ci existe depuis la candidature, et se prépare avec les mêmes armes, officielles, que MP2013 lui-même. Mécéné par une banque, représenté par des artistes exclusivement masculins (Carrèse, Traquandi, Surian, Ricciotti, Blaine, Cadiou…), le Off s’appuie sur un site déposé avant la candidature, quelques bonnes idées d’échanges de savoir-faire, d’œuvres et de lieux. Souffrant de reposer avant tout sur une analyse sociologique de Marseille, et non sur un projet culturel, ses propositions se déclinent autour de quatre axes sociétaux Poubelle ma ville, où l’on évoque « les voitures, les déchets et la pollution » ; Merguez capitale , qui souligne « l’esprit de chapelle, la structure de la ville fermée sur les petits villages » ; Mytho city, qui dénonce « l’immobilisme marseillais » ; et Kalashnikoff, puisque règne à Marseille « une opposition entre culture populaire et culture bourgeoise » qu’il s’agit de faire exploser. En dehors de ces déclarations d’intention les propositions concrètes, pour l’heure, ne sont pas claires… même si quelques initiatives ont d’ores et déjà réussi, en particulier la Trocade qui a eu lieu les 7 et 8 déc, et l’an dernier déjà (voir Zib 47), et que le Off a réussi à décrocher des subventions et le mécénat de la Banque Populaire.
Le 11 janvier donc, juste avant l’ouverture capitale, les susdits parrains masculins parleront de Marseille à la Friche, sous le signe du Banquet de Platon. Sera-t-il davantage question du peuple, de la pratique de l’art, du partage culturel, de la révolte que dans les propositions du In ? En quoi ces artistes et organisateurs masculins sont-ils si Off ?
La question se pose aussi avec l’Alter off et le Out, nés du mécontentement sur les contenus artistiques, mais aussi de l’amertume compréhensible de certains artistes de n’avoir pas été entendus, ni labellisés. Certains labellisés aussi, sans apport financier, refusent le label. Et s’organisent pour donner de la visibilité à leurs propositions. Le mécontentement à la veille de l’ouverture est partout : un Quartier Créatif à la Busserine vient d’être refusé par les associations d’habitants qui ne veulent pas d’un jardin éphémère, mais exigent une réelle réhabilitation. Ils refusent de servir de vitrine culturelle à MP2013, et d’alibi à l’Agence nationale de rénovation Urbaine pour ne pas s’engager sur un réel aménagement urbain.
Plus agit pop et plus drôle, Marseille en guerre et le FRIC (Front de résistance à l’intoxication par la culture) dénoncent l’aseptisation politique d’une ville dont les artistes sont les complices plus ou moins volontaires… remise en cause salutaire, mais qui oublie sans doute à quel point les artistes et les intellectuels, du moins la plupart, favorisent plutôt l’esprit de révolte que l’allégeance aux princes. Même si le fait de dépendre des financements publics coupe parfois les ailes à leur révolte, et si quelques-uns se perdent dans l’amour des cocktails et des petits fours.
La capitale Culturelle sera-t-elle réellement une chance pour la ville, ses habitants, ses hommes et ses femmes de tous les quartiers et de toutes les classes sociales ? Il n’est pas sûr qu’un banquet platonicien dans une Friche en travaux, ou des interventions encagoulées sur Daily Motion, le garantissent davantage que la programmation officielle …
AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2012

www.marseilleprovence2013alteroff.com

www.marseille2013.org