Entretien avec Cédric Fabre autour de son roman Marseille's burning paru à La Manufacture de livres

Il fait flamber Marseille

Entretien avec Cédric Fabre autour de son roman Marseille's burning paru à La Manufacture de livres - Zibeline

Licencié en histoire, diplômé de l’école de journalisme de Marseille, Cédric Fabre vit de sa plume depuis vingt ans. Entre critiques littéraires (spécialité polar et SF), chroniques pour la presse institutionnelle et pour la presse rock, ateliers d’écriture, il a tout de même trouvé le temps d’écrire cinq romans, dont quatre sont aujourd’hui édités. Le premier est paru en 2000 dans la prestigieuse Série Noire (La commune des minots, SN 2577). En avril 2013, il publie Marseille’s burning, un polar stylé fortement empreint de ce qu’il nomme «surréalisme social». Cédric Fabre en parle comme d’une «caricature». Vraiment ? Ce roman qu’on lit d’une traite se situe à Marseille juste avant le début de l’année capitale et le regard qu’il porte sur la ville, sur les enjeux politiques et culturels locaux, est aigu.

Zibeline : Pourquoi avoir situé l’action de ce roman à la veille de 2013 ?
Cédric Fabre : Parce que je trouve les politiques culturelles locales absurdes. Cette année, entre deux spots, il se passe quoi ? Où est la vraie convivialité ? Faire du minimal dans une ville voluptueuse comme Marseille me paraît un non sens. Je regrette aussi qu’on continue à ne pas favoriser les créateurs qui vivent et travaillent à Marseille. Le personnage du Gabian que j’ai introduit dans le livre est d’ailleurs inspiré d’un artiste d’ici, qui vend ses œuvres dans le monde entier mais n’a jamais pu exposer dans sa propre ville !

Votre roman brosse un portrait de la ville sans concession. Pourtant, on sent un véritable amour.
Oui, j’aime cette ville. Outre son site merveilleux, elle offre un contre-modèle à la folie et à l’urgence ambiantes. J’aime les gens. C’est pour cela que je suis en colère contre les édiles, qui privent les Marseillais de leur ville, de leur espace public, de leur culture. Dans mon livre, derrière la farce et le jeu, se posent les questions de la communauté, du vivre-ensemble. Qu’est-ce qui se joue exactement avec l’idée de «métropole» ? C’est ce à quoi j’essaie de  faire réfléchir.

Plusieurs personnages sont originaires de Bosnie. Pourquoi ?
Marseille’s burning fait suite à Dernier rock avant la guerre (éd. Rail noir, ndlr), qui se passait entre la Croatie en 1995 et Marseille en 2007. En 1995, dès qu’il y a eu le cessez-le-feu, je suis parti là-bas. Encore aujourd’hui, j’ai une histoire personnelle très sensible avec l’ex-Yougoslavie.

Il y a aussi une BO importante, dont on trouve la playlist à la fin du livre : pas vraiment l’ambiance jazzy de certains romans noirs !
Le titre du roman fait référence, entre autres, au London’s burning des Clash. Je reste fidèle aux mouvements rock et punk, pour leur puissance de subversion, leur insoumission. Phil, mon personnage, est un rocker dans la capitale du rap. Une façon pour moi de rendre hommage à tous les groupes rock marseillais.

Des projets ?
Une suite. J’aimerais tenir une sorte de chronique de Marseille et de ses contradictions. En  m’orientant sans doute vers l’anticipation, ce qui me permettrait d’aborder des questions plus philosophiques.

Propos recueillis par FRED ROBERT

Juin 2013

À lire
Marseille’s burning
Cédric Fabre
La manufacture de livres, 20,90 €

Photo : Cedric Fabre (c) Caroline Fabre