Entretien avec Srdjan Dragogevic, réalisateur du film La Parade

Homophobes : une thérapie de choc !

Entretien avec Srdjan Dragogevic, réalisateur du film La Parade - Zibeline

Rien ne prédestinait Lemon, homophobe, parrain des gangsters de Belgrade, à rencontrer Mirko et Radmilo, un couple d’homosexuels qui se démène pour organiser une Gay Pride et qui va lui demander sa protection. Inspiré de faits réels tragiques, l’agression violente de militants homosexuels par des néonazis en 2001 à Belgrade, La Parade de Srdjan Dragojevic est remplie de gags, de clins d’œil au cinéma, d’émotion. Il fait traverser à deux de ses personnages toute l’ex-Yougoslavie, à bord d’une petite voiture rose, les confrontant à des situations cocasses ou tragiques, changeant peu à peu le regard du spectateur. Un film très réussi, où on rit beaucoup, et que son réalisateur a voulu «citoyen, une psychothérapie abrégée pour les homophobes».

La Parade a été projeté à Vitrolles dans le cadre de Polar en Lumières. Zibeline avait rencontré son réalisateur, Srdjan Dragogevic, invité par Cinemed à Montpellier lors de la projection en avant-première de son film.

De la genèse

«Dans les années 70, je me trouvais dans un parc, dans le centre de Belgrade, où s’étaient rassemblés des fans de Punk-Rock. Je jouais moi-même dans un groupe de Punk / New Wave. Cet endroit était aussi un lieu de rassemblement des homosexuels. Les deux groupes ont été attaqués à plusieurs reprises par des gens qui ne supportaient pas nos différences ; le nôtre à cause de nos vêtements, l’autre groupe simplement en raison de son orientation sexuelle différente. J’ai beaucoup d’amis gays qui ont en permanence des problèmes et se font agresser en raison de leur orientation sexuelle. La première inspiration pour La Parade a été l’agression brutale de militants homosexuels qui essayaient d’organiser, en 2001, la première Gay Pride de Serbie, par des hooligans et des néonazis. La police, présente, n’a rien fait pour arrêter ce massacre. On peut dire que, des années plus tard, dans la Serbie de 2012, les choses n’ont pas évolué.»

Du tournage

«J’ai mis trois ans pour faire ce film ; parfois secrètement, face aux menaces d’une organisation néonazie. La fin a été tournée durant la dernière année de la Gay Pride de Belgrade, réussie ! Car ses participants, un peu moins d’un millier, sont restés en vie, protégés par 6 500 policiers face à 700 Hooligans ou nazis. Il y a eu près de 300 blessés et durant les quatre heures d’affrontements, le centre-ville a été démoli. En 2011, la Gay Pride a encore une fois été interdite par la police. Réaliser ce film était pour moi un devoir de citoyen, même sans beaucoup d’argent. J’ai une formation de psychothérapeute et j’ai exercé ce métier. J’ai écrit et réalisé La Parade pour que ce film soit une psychothérapie abrégée pour les homophobes !»

De l’accueil fait au film

«Je savais en le faisant que les Serbes et les autres allaient hurler, mais je pensais qu’en regardant La Parade, ils allaient reconsidérer leurs préjugés et stéréotypes. C’est pour moi un film de l’ex-Yougoslavie. Le film a été projeté en même temps à Sarajevo et à Banja Luka. En mars 2012, l’Eglise Catholique croate, propriétaire d’un cinéma à Dubrovnic, en a interdit la projection, disant que le thème était «contraire à la position dominante de l’Eglise Catholique sur l’homosexualité». Mais plus de 600 000 personnes l’ont vu, c’est cela qui compte !»

Propos recueillis par ANNIE GAVA à Cinemed  où le film a obtenu le Prix du Public

Février 2013

La Parade a été projeté à Vitrolles dans le cadre de Polar en Lumières et est en salles depuis le 13 janvier