Entretien avec Xavier Marchand, qui met en scène Britannicus et Bérénice à Marseille

Grand Siècle

• 20 novembre 2013⇒28 novembre 2013, 28 janvier 2014⇒31 janvier 2014 •
Entretien avec Xavier Marchand, qui met en scène Britannicus et Bérénice à Marseille - Zibeline

Xavier Marchand et sa compagnie occuperont deux scènes marseillaises en novembre 2013 et janvier 2014 avec les «pièces romaines» de Racine, Britannicus et Bérénice. Le metteur en scène éclaire son choix de cette belle ambition en diptyque.

Zibeline : On connaît votre travail avec des auteurs parfois loin du théâtre (le récent Germaine Tillion), et voici Racine au programme ?

Xavier Marchand : J’ai le goût des œuvres non dramatiques qui intègrent une oralité à vivre sur scène, mais la grande écriture de Racine s’est imposée à moi dans des circonstances signifiantes : une lecture dans la chaleur estivale des Pouilles, à l’ombre d’oliviers peut-être contemporains de l’auteur; je ne pouvais qu’entendre la couleur des voix, la richesse des intentions, la force de l’actualité -même si «contemporiser» la tragédie est une erreur-, la précision de l’écriture pour faire résonner l’universel.

Mais alors pourquoi pas Phèdre ?

Le hasard des lectures transformé en nécessité : Britannicus et Bérénice ont été écrits à un an d’intervalle; on a dit que le rôle de Titus consolait de celui de Néron et les deux tragédies entretiennent des rapports étroits ; Titus, élevé à la cour de Néron était le meilleur ami de Britannicus et aurait goûté au poison ; l’état d’esprit de Racine au moment de l’écriture est bien connu : projet de carrière contre Corneille avec la première pièce dont atteste la préface de la seconde, écrite en pleine aventure amoureuse avec la Champmeslé ; et enfin malgré une structure différente -événementielle et violente pour Britannicus, calquée sur les mouvements intérieurs du «malgré lui malgré elle» pour Bérénice-, les deux pièces ont comme schéma de départ un acte déjà posé. Le travail actuel consiste à en révéler les aspects dans la mise en scène et le jeu des acteurs.

Ces liens entre les deux pièces expliquent-ils le choix d’une même distribution ?

Il nous a semblé intéressant, en écho modeste aux quatre Molière de Vitez, de retrouver l’idée de troupe et de privilégier un travail de fond de l’acteur sur des personnages parfois aux antipodes ; ainsi Anne Le Guernec jouera Agrippine et Bérénice. Les personnages ne sont pas univoques et comportent tous ombre et lumière ; les comédiens auront à porter un «gigantisme» auquel a pu être confronté un empereur de 19 ans ! Quant au décor, il sera sensiblement le même, entre labyrinthe et souvenirs presque effacés de mises en scène antérieures. Incarner, toucher, sont les axes de notre travail et je dirais qu’un spectacle réussi est celui qui n’a pas d’autre existence que celle de la mémoire du spectateur…

Entretien réalisé par MARIE JO DHÔ
Novembre 2013

Illustration : Portrait-de-Jean-Racine-Ecole-française-XVIIe-siècle©Musée-Condé

Britannicus

du 20 au 28 nov

La Criée, Marseille

Bérénice

du 28 au 31 janv

Théâtre Joliette-Minoterie, Marseille

 


La Criée
30 Quai Rive Neuve
13007 Marseille
04 91 54 70 54
http://www.theatre-lacriee.com/


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr