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Entretien avec Paul Pascot, qui met en scène L'Amérique de Serge Kribus

Goûter pour savoir

• 5 novembre 2018⇒6 novembre 2018, 9 novembre 2018⇒10 novembre 2018 •
Entretien avec Paul Pascot, qui met en scène L'Amérique de Serge Kribus - Zibeline

Paul Pascot met en scène, avec sa compagnie Bon-qu’à-ça, un texte bouleversant d’émotion et d’acuité de Serge Kribus.

Zibeline : Pourquoi L’Amérique de Serge Kribus ?

Paul Pascot : Parce que Serge Kribus est un acteur, qui a écrit pour des acteurs, donc je crois que la première chose c’est la jouissance de pouvoir jouer un texte aussi complexe entre narration, discours direct, passation d’endroits, de temps, de timing… en l’espace d’une demi-seconde. Deuxièmement parce qu’il pose une question qui me touche : ai-je choisi ma vie ou ai-je subi le choix qu’on a fait de ma vie ? Il s’agit de comprendre que tant que l’on ne goûte pas aux choses, on ne peut savoir ce qu’on veut faire. La pièce s’appelle L’Amérique en référence à cette recherche, cette  destination de liberté puisque ça se passe dans les années 70 -qui seront suivies de désillusions, comme aujourd’hui. Se pose la question : où se trouve notre Amérique, cet endroit de réussite personnelle ?

Un « roman de formation »…

Oui, le texte de Kribus est écrit pour des quarantenaires nés dans les années 70, mais les personnages en présence, Jo et Babar, sont des jeunes de mon âge. Tout se passe dans le souvenir de ce qu’ils ont parcouru depuis leur rencontre jusqu’à la fin de la pièce. Le duo héroïque archétypal est renforcé par les corps des comédiens, Maurin Ollès et Edward Decesari entre le « costaud » et un petit pion électrique…

Pour un road-movie que les musiques des années 70 animent ?

Les références musicales sont porteuses de sensations qui servent le texte. L’action s’ancre dans une époque mais atteint une dimension universelle car il y a une sorte de recommencement : les désillusions éprouvées dans les années de l’après soixante-huit, avec toutes les promesses non tenues, se ravivent aujourd’hui : cela fait trente ans qu’on nous parle d’écologie et voilà que le ministre de l’Écologie démissionne et que le secrétaire général de l’ONU (normalement garant de la paix dans le monde) appelle les sociétés civiles à se soulever contre les gouvernement qui ne mettent pas en place une politique déterminante basée sur l’écologie…

La scénographie avec un plateau tournant, un carré, représentation traditionnelle de la terre, une échelle vers l’inatteignable -celle de Jacob ?-, un mur infranchissable…

Oui, la scénographie est très symbolique. La relation entre les deux personnages donne la force au décor. Ce décor, je l’ai rêvé, avec son carré conforme, conformé, et les êtres qui se retrouvent toujours dans les angles, les coins, d’où ils ne peuvent pas sortir. Sans compter l’ironie du « il faut être carré dans la vie ». L’escalier au centre, suspendu avec un vide derrière comme un plongeoir, évoque la complexité de la vie où tout peut s’écrouler du jour au lendemain… Il faut donner un sens au fait de monter les escaliers, parce que c’est un choix de vie, que l’on peut monter comme redescendre et pour monter parfois il faut savoir redescendre.

C’est la pièce fondatrice de votre toute jeune compagnie ?

C’est lors d’un voyage au Congo que je me suis rendu compte de la puissance du théâtre. Revenant en France, j’ai suivi avec Youssouf Abi-Ayad les cours de l’école départementale de théâtre de l’Essonne. Et c’est avec la pièce de Kribus que nous avons passé et réussi nos concours. De là est parti le désir de le porter sur scène. J’ai voulu avec la production déléguée avec Le Bois de l’Aune et La Passerelle que les risques soient partagés, il y a un réel travail de transition avec prise de risque de tous les acteurs. Le nom de la Cie, Bon-qu’à-ça est symbolisé par un trombone : il n’est bon qu’à ça, à tenir des feuilles, mais si vous savez bien l’utiliser, vous êtes capable d’ouvrir n’importe serrure… Il n’y a pas une seule esthétique, un seul type de projet, une seule problématique. Ce qui est intéressant c’est être fidèle au projet et d’aller jusqu’au bout en prenant exactement les bonnes personnes.

Propos recueillis par MARYVONNE COLOMBANI
Octobre 2018

À venir
5 & 6 novembre
Théâtre La Passerelle, Gap
04 92 52 52 52
theatre-la-passerelle.eu

9 & 10 novembre
Théâtre du Bois de l’Aune, Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr

Photo : Paul Pascot c David Hess


Salle du Bois de l’Aune
1 Place Victor Schoelcher
13090 Aix-en-Provence
04 88 71 74 80
boisdelaune.fr


Théâtre La Passerelle
137 boulevard Georges Pompidou
05000 Gap
04 92 52 52 52
http://www.theatre-la-passerelle.eu/