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Vu par Zibeline

Les expositions de l'hiver au Frac Paca, et un point sur sa politique d'acquisition

FRAC, histoire d’une politique publique

• 30 novembre 2018⇒24 février 2019 •
Les expositions de l'hiver au Frac Paca, et un point sur sa politique d'acquisition - Zibeline

Le Fonds Régional d’Art Contemporain expose à Marseille l’histoire de sa collection, en commençant par les chefs-d’œuvre de sa première période, de 1983 à 1999. L’occasion de faire le point sur une politique d’acquisition.

Les FRAC ont été créés en 1982 par les Régions et l’État pour constituer et diffuser des collections d’art contemporain. Doté dans les premières années de budgets d’acquisition importants (entre 800 000 et 1 million de francs par an), le FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur a pu acquérir des œuvres majeures, et mener dans le même temps une politique de soutien aux artistes émergents. « Une politique inenvisageable aujourd’hui : avec nos budgets d’acquisition actuels, il nous serait impossible d’acheter un Soulages, explique Pascal Neveux, directeur du FRAC. Actuellement nous avons 230 000 euros de budget d’acquisition, et nous nous concentrons sur des artistes français émergents. Face à l’argent des Fondations, qui peuvent revendre les œuvres acquises, nous ne faisons pas le poids sur le marché de l’Art. »

Fric Frac

Car le principe de l’inaliénabilité est à l’œuvre dans toutes les collections publiques : toute acquisition, par achat ou donation, ne peut être revendue. Ainsi les FRAC, qui possèdent des trésors, sont paradoxalement pauvres : « Depuis 1983 nous avons acquis des œuvres pour l’équivalent actuel de 5 millions d’euros. La dernière estimation, faite en 2011, estime la collection à 25 millions d’euros, ce qui a certainement augmenté depuis. » Mais Pascal Neveux n’est pas pour autant contre le principe de l’inaliénabilité : « Il faudrait y réfléchir collectivement, tous les FRAC ensemble. En dehors de l’insuffisance de nos budgets d’acquisition nous avons un problème de stockage du Fonds. Mais je ne pense pas qu’il faudrait vendre nos chefs-d’œuvre, même si cela nous permettrait de mener une véritable politique de soutien à la création d’aujourd’hui. Peut-être, davantage, vendre certaines pièces qui font doublon et qu’on n’expose jamais ? En fait cette collection, avec ses 1300 œuvres de 560 artistes, avec ses redites et ses manques, ses orientations dans le temps, dit aussi le goût d’une époque, d’un moment. C’est toujours, historiquement, intéressant ».

Et en effet les œuvres exposées sur le grand plateau du FRAC racontent une histoire. Celle de l’amour des grands formats et de la peinture : pas de photographie dans ces premières années, de la figuration souvent, du motif, quelques sculptures de matière brutes… et très peu de femmes !

« Cela aussi, nous voulions l’exposer comme un fait historique. Dans les années 80 les femmes représentaient 20% des acquisitions. La saison dernière la parité était totale, et nous avons exposé plus de femmes que d’hommes. » D’autres changements ? « Oui, le FRAC PACA s’est toujours orienté vers les artistes Français, en particulier en raison de la richesse de la Région. Aujourd’hui cette tendance est devenue la norme. 67% des œuvres sont des œuvres d’artistes français, par soutien à l’émergence mais aussi parce que les grands artistes internationaux sont trop chers pour nous ».

Le fric, c’est chic

Pourtant ce sont encore les FRAC et le réseau public en France qui découvrent et légitiment nombre d’artistes, faisant monter leur côtes… ce dont seul le marché privé de l’art profite. Aujourd’hui ces Fonds, financés au départ à parité par l’État et les Régions, relèvent majoritairement du financement régional. Le FRAC PACA n’est pas le plus mal loti en termes d’acquisitions (230 000€ pour une moyenne nationale en dessous de 190 000€), mais le prix moyen de ses acquisitions est de 4000 euros : les rares artistes qui en bénéficient ne peuvent pas en vivre…

Ainsi Rodolphe Huguet, qui a bénéficié d’une résidence du FRAC en partenariat avec la Tuilerie Monier, où il a fabriqué des œuvres fascinantes -tuiles éclatées évoquant des visages mitraillés, embarcation échouées, sacs abandonnés. Son travail sur ce matériau protecteur qui ne fait plus abri entre en résonnance prémonitoire avec l’effondrement des immeubles, la fin de l’Aquarius, le climat social.

Pourtant l’artiste vit du RSA et travaille dans une grange retapée en Franche Comté. Le FRAC lui consacre une grande exposition et va acquérir quelques œuvres, mais cette légitimation ne lui permettra de sortir de la précarité que si ses œuvres attirent l’œil des marchands et des fondations. Voire si elles deviennent l’objet de la lutte spéculative entre Pinault et Arnault.

Doit-on vraiment le lui souhaiter ?

Agnès Freschel
Décembre 2018

Photo : © Lett Terreneuve

Chefs d’œuvre et documents de 1983 à 1999
Rodolphe Huguet Bon vent
jusqu’au 24 fevrier 2019

Visite des expositions en preview, guidée par Pascal Neveux, sur la webtélé Zibeline
OU journalzibeline.fr/programme/frac-paca-preview-des-expos-de-lhiver-18-19


FRAC PACA
20 Boulevard de Dunkerque
13002 Marseille
04 91 91 27 55
http://www.fracpaca.org/