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Le 70e Festival d'Avignon, placé sous le signe de la jeunesse, de la littérature et de la révolte

Festival d’Avignon : un rêve de révolte ?

• 6 juillet 2016⇒24 juillet 2016 •
Le 70e Festival d'Avignon, placé sous le signe de la jeunesse, de la littérature et de la révolte - Zibeline

Olivier Py signe sa 3e programmation au sein du Festival In : une 70e édition inspirée, placée sous le signe de la jeunesse, de la littérature et de la révolte…

« Quand la révolution est impossible, il reste le théâtre. » Affichant sa volonté de ruer dans les brancards et de dépoussiérer les classiques avec un visuel flashy en mouvement (une étude sur le Cheval de Turin d’Adel Abdessemed), le directeur du Festival d’Avignon entend aussi résister « face au désespoir du politique ». Il oppose au désengagement culturel général la force de la littérature, de la jeunesse, brandissant l’« amour des possibles » et le « pacte entre les artistes et la République » de Vilar : « Nous désirons hautement que le triste spectacle du monde et de notre impuissance trouve une contradiction sur la scène faite d’émerveillement et de courage. »

Fragilisé -mais pas coulé ! le Festival compte plus de 13 millions d’€, dont 52% de financements publics- par une baisse de subventions (1%) compensée en partie, et in extremis, par la Région et le Grand Avignon, qui rappelait à cette occasion qu’« 1 € investi en matière de culture équivalait à 10 € de retombées économiques, soit sur le territoire 80 millions d’€ », le Festival In, via l’artiste Olivier Py, brille toujours d’un lyrisme et d’une utopie motivants.

Pas de mémorial poussiéreux

Une édition politique et engagée qui fêtera son 70e anniversaire sans « mémorial poussiéreux », mais avec le retour de la Comédie-Française dans Les Damnés, montés par Ivo van Hove qui adapte le scénario original de Visconti, en ouverture, pour la Cour d’Honneur. Ou encore avec un feuilleton quotidien sur l’histoire (réelle ou fictive) du Festival, porté par la Piccola Familia de Thomas Jolly (qui crée en solo le Radeau de la Méduse) et des amateurs d’Avignon. Inauguré l’an passé dans le jardin Ceccano, avec la République de Platon de Badiou, ce rendez-vous gratuit emporta un vif succès. Une formidable clé d’entrée qui permet de renouveler et/ou fidéliser un nouveau public, l’un des enjeux pour lequel les équipes se mobilisent à l’année pour porter la culture hors des remparts, plus ou moins confidentiellement. Une difficulté que relevait Cécile Helle, maire d’Avignon, en mars dernier : « La ville vit le paradoxe d’être à la fois riche par son offre culturelle alors qu’un grand nombre d’Avignonnais restent encore à l’écart de cette découverte culturelle. »

Ce mois de juillet, Olivier Py s’occupera lui-même de la décentralisation qu’il prône depuis son arrivée, avec Prométhée enchaîné en itinérance et Eschyle, pièces de guerre, reprises en intégralité à la Chartreuse.

« Le devoir de donner une image du monde »

40 spectacles (dont 36 créations) et 11 petites formes (Sujets à Vifs et XS), révèleront « l’image du monde » imaginée par Olivier Py et sa directrice de programmation Agnès Troly, avec des focus sur l’Europe et le Moyen-Orient (Amir Reza Koohestani, Ali Chahrour, Mohammad Al Attar, Amos Gitaï, le rappeur Marc Nammour…). Impuissance du politique et montée des nationalismes parcourront cette édition aux nombreuses adaptations littéraires : Les Âmes mortes de Gogol, Karamazov de Dostoïevski monté à la Carrière Boulbon par Jean Bellorini, Place des héros de T. Bernhard adapté en lituanien par Krystian Lupa, le roman-monde 2666 du Chilien Roberto Bolaño dans un marathon théâtral signé Julien Gosselin.

Une édition composée par un tiers de femmes porteuses de projets forts. Sous la houlette de Madeleine Louarn (et la musique de Rodolphe Burger), les comédiens handicapés de l’atelier Catalyse exploreront le mythe du roi de Bavière dans Ludwig, un roi sur la lune. Maëlle Poésy imaginera l’histoire d’une révolution par les urnes dans Ceux qui errent ne se trompent pas, la radicale Angélica Liddell parlera d’amour absolu (et dévorant) à partir de l’histoire d’un cannibale japonais, Anne-Cécile Vandalem proposera une comédie politique dans Tristesses, Sofia Jupither analysera par deux fois les fantasmes sur l’étranger, Cornelia Rainer adaptera Lenz de Büchner, Lisbeth Gruwez dansera la peur, Bérangère Vantusso créera l’Institut Benjamenta de Walser en marionnettes, et enfin la superbe troupe de Marie Chouinard creusera dans la notion de démarche/identité. Babel 7.16 de Sidi Larbi Cherkaoui, Caen Amour du New-yorkais Trajal Harrell, ou Au cœur, la création (avec et pour) jeune public de Thierry Thieû Niang, complèteront le programme danse.

Un Festival plus court et rajeuni

À la Chapelle des Pénitents, dévolue à la jeunesse, les ados pourront aussi observer Truckstop d’Arnaud Meunier. À noter qu’un nouveau guide Jeunes spectateurs sera édité. Raccourci de 3 jours, le Festival s’arrêtera une semaine avant le Off et prendra le temps d’assumer sa responsabilité en terme d’action culturelle avec l’accueil de 400 lycéens (dont 112 lycéens du territoire) qui assisteront à 4 spectacles et participeront aux Ateliers de la pensée (site Louis Pasteur). Les concerts de fin de Festival devraient aussi les attirer : Serge Teyssot-Gay, Général Elektriks et DJ Pone, et en clôture Prima Donna de Rufus Wainwright, avec l’Orchestre Régional Avignon-Provence. Du côté des compagnies de la Région, la visibilité reste discrète mais de qualité : lecture de textes de Gabily par la Cie Fraction de J.-F. Matignon, et une version jeune public de Barbe Bleue par Clara Le Picard. On note également l’accueil de J’ai Soif de Serge Barbuscia, dans le cadre du Cycle de musiques sacrées, dans lequel des œuvres de Pascal Quignard seront mises à l’honneur. L’auteur jouera également avec Marie Vialle La rive dans le noir, à partir du deuil de la danseuse de butô Carlotta Ikeda.

Collectif et indiscipline

« Tendances lourdes » cette année, le retour du collectif et des formes nouvelles catégorisées « indiscipline ». Ainsi, à découvrir au Parc des Expos, les Belges du FC Bergman dans un spectacle dantesque, les Grecs du Blitztheatregroup qui adaptent Höderlin, le Raoul Collectif, ou encore la troupe (et les bobos) du Chilien Marco Layera. Espæce d’Aurélien Bory d’après Perec alimentera le puzzle d’un Festival immuable et paradoxalement éternellement en mouvement. Pour le mesurer, la Nef des images accueillera à l’église des Célestins 70 projections des trésors filmés du In, pour compléter, en entrée libre, l’aventure.

Quant à la révolte encouragée sur toutes les grandes scènes d’Avignon, difficile d’imaginer que le vent ne la poussera pas, aussi, dans la rue… avec, entre autres conflits, un retour de la fronde des intermittents, si le bras de fer engagé avec le Medef et la CFDT ne trouvait pas d’accord valable sur leur régime d’assurance chômage, même avec une rallonge de l’État pour calmer le jeu…

DELPHINE MICHELANGELI
Juin 2016

Festival d’Avignon
6 au 24 juillet

Photo : FC Bergman © Frieke Janssens


Festival d’Avignon
Cloître St-Louis
20 rue du Portail Boquier
84000 Avignon
04 90 27 66 50
http://www.festival-avignon.com/