Une publication du Consulat d'Israël controversée à Marseille

Faut-il boycotter les artistes Israéliens ?

Une publication du Consulat d'Israël controversée à Marseille - Zibeline

À la suite de la publication par le consulat d’Israël à Marseille d’une saison Israël en scènes, sorte de catalogue d’une quarantaine d’artistes Israéliens présents dans les événements de MP2013, un collectif s’est créé pour s’opposer à ce qui est apparu comme une récupération.

Pas en notre nom, qui a recueilli plus de 300 signatures d’artistes, s’émeut du «Culture washing» que pratique l’État d’Israël : pour faire oublier une politique colonialiste internationalement impopulaire l’État hébreu montre qu’il subventionne les arts et mène une véritable politique culturelle, message allant de pair avec celui qu’il est «la seule démocratie de cette région du globe». C’est oublier qu’une démocratie ne se mesure pas seulement à l’exercice d’élections libres, mais qu’un régime qui occupe des territoires en dépit des résolutions internationales, qui n’assure pas une citoyenneté égale, qui exerce la force à l’encontre d’hommes maintenus prisonniers sur leurs terres ne peut se prétendre une démocratie.

Faut-il pour autant boycotter ses artistes ? La vigilance est de rigueur pour contrecarrer l’opération de culture washing, mais nombre d’artistes Israéliens ne sont pas en accord avec la politique menée par l’État où ils vivent. Il n’y a qu’à regarder leurs œuvres : la création de Guy Carrara dans le cadre de cirque en capitales avec la Cie Orit Nevo (voir ici) mettait en scène l’horreur du mur de Gaza, par la danse d’hommes se heurtant à des portes fermées, par de longs plans vidéos du mur. Cette œuvre-là, même si elle est subventionnée par Israël, ne pourrait que desservir toute tentative de propagande.

Pourtant le collectif Pas en notre nom a raison de prôner la vigilance : visiblement des structures associées par le consulat au programme Israël en scène n’ont pas été mises au courant ! Ainsi la Friche a demandé le retrait de son logo, le photographe Patrick Zachmann, qui sera exposé au MuCEM, refuse de faire partie de cette «saison» où il s’est retrouvé associé sans son avis. De fait, cette «programmation» regroupe des artistes subventionnés par l’État d’Israël, d’autres à qui il a simplement payé les billets d’avion, d’autres encore qui sont citoyens israéliens mais n’ont pas perçu d’aides financières, d’autres encore comme Zachmann qui sont Français mais ont simplement travaillé sur la mémoire juive. Qui n’appartient pas à l’État d’Israël. Quant à Absalon, il est certes Franco Israélien, mais est mort depuis 20 ans. Difficile donc de savoir s’il aurait aimé figurer dans ce programme.

Israël en scène est donc une opération de communication menée étrangement… Pas en notre nom a su souligner la récupération, il ne faudrait pas que sa vigilance ne s’exerce qu’à l’égard de l’État hébreu, et qu’il oublie de regarder comment est financé le Festival russe (la politique de la Russie en Tchétchénie est-elle plus acceptable ?), le Cirque de Pékin (au Tibet ?), et dans tous les régimes plus ou moins dictatoriaux du monde. Les artistes qui vivent dans ces pays-là doivent ils refuser l’argent de leur gouvernement et ne plus exercer leur art sur les scènes internationales ? Et ne peut-on leur faire crédit, tout en restant attentif au message politique de leurs œuvres, sur leur capacité à représenter un contre-pouvoir ?

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2013