Entretien avec Christian Sébille, directeur du GMEM

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Entretien avec Christian Sébille, directeur du GMEM - Zibeline

Le GMEM, centre national de Création musicale, absorbe le GRIM, son directeur et son histoire. Pour le meilleur ?

Zibeline : Vous dirigez un des sept centres nationaux de France. De quelle nature est aujourd’hui votre rapprochement avec le Groupe des musiques improvisées de Marseille ?

Christian Sébille : Il s’agit d’une absorption. La fusion a été signée le 5 décembre, en assemblée générale. Jean Marc Montera, qui dirigeait le GRIM, est désormais artiste associé au GMEM. Les deux structures fusionnent sans perte d’argent, en dehors de la baisse du conseil départemental de l’an dernier, que toutes les structures ont subie.

Pourquoi cette opération ?

La DRAC voulait arrêter de financer le GRIM et donner au GMEM les 50 000€ de leurs subventions. Mais j’ai voulu garder ce Groupe mythique. Je le connaissais bien avant mon arrivée à la direction du GMEM il y a 5 ans, il n’était pas question pour moi de le voir disparaître. Donc nous nous sommes entendus pour une fusion. Entretemps l’idée d’emménager à la Friche s’est concrétisée, la Ville était très contente de notre emménagement commun, les tutelles du rapprochement de nos moyens. Donc au lieu des 900m2 prévus pour le GMEM nous avons aujourd’hui un bâtiment de 1300m2.

Est ce que cela va changer votre projet artistique ?

Nous ferons plus de musique expérimentale et improvisée, mais nous en faisons déjà !

Quand emménagerez-vous dans votre nouveau lieu ?

En février. Le lieu est conçu en trois zones : 300m2 de bureaux partagés, en partie en open space, avec une cuisine conviviale… une zone pédagogique et d’accueil, qui sera ouverte aux étudiants et élèves du conservatoire, avec une salle pédagogique, mais aussi une « Place » de 140 m2 où nous pourrons faire de petits concerts, des conférences, qui sera une sorte de foyer pour ceux qui fréquenteront le lieu, et l’ensemble CBarré qui est embarqué dans notre aventure. Et puis la zone artistique, avec deux studios de répétition et de composition de 40 et 80m2 ; un grand studio sourd et mat de 100m2 avec une cabine de 60m2 pour les enregistrements, équipé aussi en cinéma et vidéo. Et puis l’église, la cathédrale, la Mecque, on cherche un nom ! Un plateau de création de 200m2, qui pourra accueillir tous les projets en pluridisciplinarité. L’orchestre de Marseille y a déjà planifié son prochain enregistrement…

Pourra-t-elle accueillir du public ?

109 personnes. Notre but n’est pas d’en faire une salle de diffusion, nous allons bien sûr occuper ceux de la Friche, comme tous les résidents, lors de nos festivals. Mais le plateau et les espaces pédagogiques pourront accueillir des classes, des visiteurs, des formes en cours… pas à proprement parler du public, mais le lieu sera le plus ouvert possible.

Combien a t-il coûté ?

2,8 millions, plus 800 000€ de matériel. L’État et la Région l’ont financé dans le cadre du contrat de plan, et le million restant est venu de la Ville et du département à parts égales. Cela s’inscrit dans le projet global de la Friche, qui va continuer les travaux…

Allez-vous inaugurer votre lieu ?

Officiellement bien sûr, mais nous attendons surtout le festival Les Musiques pour y programmer de petites formes pour nos visiteurs, une installation, un duo entre Jean Marc Montera et moi, des massages sonores…

Des massages sonores ?

Oui, des séances de guili-guili avec des sons, très sensuelles, où nous faisons crisser et bruire des objets à l’oreille…

Donc vous êtes content ?

On le serait à moins !

Que pensez-vous de la place de la musique contemporaine sur les scènes de la région ?

C’est très paradoxal ! Alors qu’il y a ici un grand nombre de créateurs et d’ensemble, les scènes généralistes ne les programment pas ! Les scènes de la région sont en nette régression sur ce point. Heureusement qu’il y a le GMEM, nos amis de Télémaque, un peu Musicatreize et Marseille Concerts, pour programmer des concerts ! Les scènes nationales, qui devraient être pluridisciplinaires, ont renoncé.

Pourquoi cette frilosité des programmateurs ?

Les programmateurs sont de plus en plus tenus à des processus d’évaluation en termes de public et de coûts. Or la musique contemporaine coûte cher, et nécessite un vrai accompagnement du public pour une scène généraliste. Il est plus facile de programmer de la danse ou des petites formes de cirque. Et puis les programmateurs connaissent mal le domaine, lorsqu’on propose des projets on se heurte à leur peur esthétique, qu’ils n’ont plus avec la danse ou le cirque contemporain.

Le public est pourtant de plus en plus nombreux à aller vers ces musiques.

Oui, mais on remplit quand même plus facilement avec Anne Teresa de Keersmaeker qu’avec l’ensemble Ictus tout seul…

Entretien réalisé par Agnès Freschel
Novembre 2016

Photo : -c- Pierre Gondard