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Entretien avec la claveciniste Céline Frisch et le violoniste Pablo Valetti, pour les 20 ans de l'ensemble Café Zimmermann

Éternelle jeunesse baroque !

Entretien avec la claveciniste Céline Frisch et le violoniste Pablo Valetti, pour les 20 ans de l'ensemble Café Zimmermann - Zibeline

L’ensemble de musique baroque Café Zimmermann fête ses vingt ans. Un bref retour en compagnie de ses deux fondateurs, la claveciniste Céline Frisch et le violoniste Pablo Valetti.

Zibeline : Un peu d’histoire…

Pablo Valetti : Notre ensemble tient son nom du Café de Leipzig, tenu par Gottfried Zimmermann dans les années 1730, où se retrouvaient amateurs de café et mélomanes pour écouter le Collegium Musicum dirigé principalement par ses instigateurs, G. P. Telemann et J. S. Bach. Le Café Zimmermann était l’équivalent d’une académie en Italie. Comme les réunions sociales étaient interdites dans la rue, on allait au café pour parler philosophie, partager des opinions, tenir des conversations intellectuelles.

20 ans, un ensemble composé de solistes venus d’horizons divers. Un secret de longévité ?

P.V. : Sans doute parce que nous n’avons pas le quotidien d’un orchestre symphonique… D’autre part, les grandes différences de nationalités, de coutumes, d’âges (25 à 30 ans d’écart entre les plus jeunes et les plus anciens du groupe) constituent un enrichissement pour chacun, nous aident à chercher à comprendre les autres, à se poser des questions sur soi… Pourquoi le choix du baroque aujourd’hui ?

Céline Frisch : C’est d’abord lié au parcours personnel de chacun. Nous nous sommes rencontrés, pour une partie d’entre nous, à la Schola Cantorum de Bâle qui est justement un lieu d’enseignement et de recherche autour de ce répertoire. Chacun a eu une histoire un peu différente. Pour ma part, mon instrument a déterminé le répertoire. Je ne l’ai pas choisi au départ, le clavecin m’a été proposé par mes parents, mais par la suite j’ai adhéré à cet instrument et à son répertoire, et je me trouve bien dedans.

P.V. : Je fais du violon « normal » pour ainsi dire, orchestre symphonique, musique de chambre, musique contemporaine… mais très centré sur la musique classique en général. La particularité du répertoire baroque est qu’il n’est qu’en partie un répertoire, mais c’est aussi, surtout, une démarche que l’on adopte au cours des études sur la musique baroque : étude du contexte de cette musique, de la culture de l’instrument à l’époque, des techniques de jeu, des méthodes d’apprentissage… Tout a évolué, de la manière de jouer aux instruments eux-mêmes qui ont été modifiés. La musique au XVIIe, au XVIIIe était écrite dans un certain contexte philosophique, esthétique, technique, qui lui donne du sens. Il ne s’agit pas de reconstituer un son, mais d’essayer de connaître les différents contextes. Avant Beethoven, un compositeur n’était pas un artiste qui écrivait pour l’humanité, il écrivait pour le dimanche, pour sa foi peut-être, il était « au service de », il écrivait pour quelqu’un, sur commande. Malgré tout, ces compositeurs font passer des choses très profondes : la musique de Bach, trois siècles plus tard, nous montre quelque chose d’humainement très profond. Tout s’imbrique, et la démarche de s’interroger sur l’univers qui entoure les monceaux de partitions dont on dispose, en enrichit énormément la lecture et donc l’interprétation.

Il y a d’ailleurs un son Café Zimmermann…

P.V. : Nous sommes tous formés de manière mécanique et virtuose, on se focalise parfois tellement sur la technique que l’on oublie le sens, et l’interprétation dans la musique baroque est le principal. C’est pourquoi c’est une musique qui reste très actuelle par sa capacité à nous amener à nous poser des questions, afin de concevoir son interprétation.

L’intégrale qui paraît pour les vingt ans traduit une évolution…

Céline Frisch : Oui il y a une évolution, technique, on était plus jeunes, cela s’entend. Un type d’énergie a changé, on est plus homogènes, avec un discours plus commun, plus construit, plus évident. À nos débuts, notre réflexion était plutôt de l’ordre de l’intuition, avec de l’énergie qui débordait. Nous sommes plus précis, nous réussissons mieux nos idées.

La célébrité de Café Zimmermann vous enferme dans un répertoire ? Des envies de contemporain ?

Pablo Valetti : On est connus dans un certain répertoire, on y est attendus, et il a toujours cette préoccupation de remplir les salles. On a une envie d’ouverture en effet, il faut que la rencontre se fasse. On est en contact avec Musicatreize, avec des compositeurs contemporains… On ouvre d’autres portes !

Entretien réalisé par MARYVONNE COLOMBANI
Février 2019

Lire ici notre retour sur le concert anniversaire donné à Salon-de-Provence le 31 janvier.

Photo : Céline Frisch et Pablo Valetti © Jean-Baptiste Millot