Nouvelle déléguée à la Culture de la Région Paca, Sophie Joissains répond à Zibeline sur ses axes de travail

Entretien avec Sophie Joissains

Nouvelle déléguée à la Culture de la Région Paca, Sophie Joissains répond à Zibeline sur ses axes de travail - Zibeline

Il se murmure que l’attribution de la délégation culture à la vice-présidente régionale est ce qui pouvait arriver de mieux… L’élue UDI a en effet mené à la Ville d’Aix une politique attentive aux publics et tournée vers la création.

Elle vient de prendre ses fonctions, et tient des propos rassurants, au moment où toute une profession s’interroge sur son avenir. Et où la nomination, comme conseillère culture de Christian Estrosi, de Mandy Graillon, une Reine d’Arles de 23 ans qui défend un provençalisme identitaire1, sidère le milieu culturel.

Zibeline : Que pensez-vous de la politique culturelle régionale de vos prédécesseurs, et comment voulez la poursuivre, ou l’infléchir ?

Sophie Joissains : J’en pense beaucoup de bien ! Mais ce que je voudrais accentuer, c’est sa continuité. Que la culture ne soit pas essentiellement de l’évènementiel, qu’elle se travaille avec les acteurs concernés, avec la population. Qu’il y ait de véritables dispositifs d’appropriation en direction de la jeunesse par exemple, comme avec Trop Puissant…

La Région est en responsabilité des Lycées. Ces dispositifs, vous les destinez surtout aux lycéens ?

Bien sûr que non, la culture concerne toutes les générations, tous les territoires aussi, ruraux ou urbains, les centres-villes, les quartiers excentrés ou prioritaires…

À la Ville d’Aix vous avez mis au point la politique du Bois de l’Aune, assez remarquable, à entrée gratuite. Vous avez aussi créé le Centre international des arts du mouvement, bientôt une grande scène de musiques actuelles… Est-ce que c’est dans la ligne de ce que vous voulez construire à la Région ?

Oui, sincèrement oui. Je crois que c’est une politique dont personne n’a à se plaindre. Le Bois de l’Aune rassemble au Jas de Bouffan, dans un quartier prioritaire, des gens de tous horizons, qui viennent du quartier, de la ville, des communes alentour… Cela avec une programmation de grande qualité. C’est ce que je veux pour la Région. Qu’on ait la même exigence de qualité et de mixité des publics dans une manifestation de cultures urbaines comme le CIACU, ou au Festival d’Art Lyrique.

Que voulez-vous mettre en place pour soutenir les festivals ?

Le Président de la Région a l’idée d’un Pass Festival qui pourrait à terme concerner tous les festivals et en faciliter l’accès à l’ensemble de la population régionale. Je trouve l’idée formidable…

La Région est actuellement, en volume, le premier financeur des compagnies régionales. Voulez-vous poursuivre cette politique, vitale pour les acteurs culturels ?

Dans la mesure où c’est possible sur le plan budgétaire, évidemment. La création et l’égalité d’accès sont mes priorités. La formation professionnelle est aussi dans le programme du Président, il s’y est engagé, comme de soutenir la création.

Par rapport aux agences financées par la Région, c’est à dire l’ARCADE, l’Agence régionale du Livre et la Régie Culturelle, voulez-vous poursuivre leur financement, les faire évoluer, changer leur destination ?

Elles font bien leur travail. Néanmoins une évolution est toujours souhaitable. Sur l’Arcade je veux travailler davantage la formation professionnelle, qui est utile à l’ensemble des professionnels du spectacle vivant. Avec l’ARL il faut tout faire pour que les gens aient plus envie de lire, la jeunesse et les autres.

Quant à la Régie culturelle, elle fait des choses magnifiques sur l’ensemble de la Région. Elle est peut-être un petit peu trop, à mon goût, sur l’événementiel, et je voudrais qu’elle inscrive ses propositions dans un suivi plus grand. Ces dispositifs de suivi existent déjà d’ailleurs, je voudrais les soutenir davantage.

Pensez-vous que le Fonds Régional d’Art Contemporain fonctionne bien ?

Lui aussi dépend principalement de la Région. Il faut que ses expositions sortent et tournent. Il va actuellement dans les Lycées, mais il faut accroitre le nombre de lieux de façon stratégique, pour que le plus de population possible soit amené à voir ces expositions. Et qu’il y ait une véritable communication sur ce qui se passe dans ce bâtiment, avec des outils pédagogiques. Tout le monde n’aborde pas naturellement l’Art contemporain, il faut tendre la perche de façon à ce qu’on ait envie de venir à ces expositions.

La Reine d’Arles vient d’être choisie par Christian Estrosi comme son conseiller culture. Est-ce que vous pensez qu’une jeune femme de 23 ans, provençaliste, est susceptible de le conseiller correctement sur les dossiers difficiles, et de siéger dans les Conseils d’Administration des grandes institutions ?

Il faut faire confiance à la jeunesse. C’est quelqu’un qui a une compétence et qui a une grande soif d’apprendre.

Vous pensez que c’est le bon poste pour apprendre ?

Elle n’est jamais collée sur les questions qu’on lui pose… Elle étudie les dossiers…

Christian Estrosi a parlé entre les deux tours du fait qu’il voulait travailler avec toutes les forces démocratiques… Vous êtes à l’UDI, donc centriste. Est-ce que votre habitude de travail vous pousse à donner une dimension républicaine et ouverte à votre politique culturelle ?

C’est un axe majeur. À Aix-en-Provence j’avais deux délégations, la culture et la politique de la Ville, je les ai toujours menées ensemble, cherchant à les joindre dès que c’était possible. Pour le meilleur, toujours. L’accès à tous, l’égalité des chances est évidemment une valeur républicaine que je défends.

Le territoire est très vaste et varié. Certaines zones sont éloignées, mais il y a des initiatives formidables dans les territoires alpins, au fond du Pays d’Aix… Êtes-vous attachée à ces territoires excentrés, hors métropole ?

Bien sûr. La culture ce sont des imaginaires mis en commun, ceux des territoires isolés comme ceux des quartiers, des centres-villes, des villages, des jeunes et des autres…

Au niveau des Pôles régionaux, allez-vous leur donner un cahier des charges particulier, leur assigner des missions de développement territorial ?

Je pense qu’ils ont déjà une grande attention à ce développement, et à leur public. Evidemment il y a toujours des aspects perfectibles. Mais je ne peux pas vous répondre précisément, je n’ai pas encore eu les évaluations concernant ces diverses scènes.

Et avez-vous un grand projet que vous voulez mettre en place ?

Oui, j’en ai même plusieurs, sauf que je ne peux pas encore vous en parler… parce qu’il faut d’abord que j’en parle au Président !

Entretien réalisé en janvier 2016 par AGNÈS FRESCHEL

1 Lors de son élection comme Reine d’Arles elle a défendu le Provençal et qualifié l’Occitan de « langue fabriquée de toutes pièces ». Elle a également repris le slogan du Collectif Provence : « siam una regien, una lenga, una identitat ». (nous sommes une région, une langue, une identité).

Vous pouvez écouter l’intégralité de l’entretien avec Sophie Joissains sur WZR

Photo : Sophie Joissains -c- Claude Almodovar