On ne verra pas Rengaine à Marseille

Entretien avec Rachid Djaïdani

On ne verra pas Rengaine à Marseille - Zibeline

Le public marseillais aura à se déplacer puisque le film de Rachid Djaïdani ne passe pas à Marseille, ce qui étonne tous ceux qui étaient curieux de voir ce film, que son auteur a mis neuf ans à réaliser. Neuf ans et quatre cents heures d’images pour arriver à un film nerveux et percutant qui parle des problèmes du racisme entre Noirs et Arabes. Dorcy, français originaire d’Afrique noire et chrétien aime Sabrina, d’origine magrébine et musulmane. Ils veulent se marier, ce que refusent leurs familles et en particulier, Slimane, le frère de Sabrina…

Le film, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes, a été projeté le 30 mai à l’Alhambra Cinémarseille. Nous avions rencontré à CINEMED Rachid Djaïdani, écrivain, comédien, jadis boxeur, qui a aussi présenté son film à Africapt. Nous l’avons laissé parler…

Rachid Djaïdani : Rengaine est un film français. J’assume les couleurs du générique qui clôt le film : bleu/blanc /rouge. C’est un film sans budget, fait avec des potes. J’ai passé neuf ans à défendre un projet auquel personne ne croyait. Neuf ans sans argent, sans équipe, sans scénario. Neuf ans avec ma caméra de débutant. Je suis aussi écrivain. J’adore les gens qui ont l’amour du verbe. J’ai fait en sorte de trouver des personnages qui avaient cette mitraillette du langage. L’image est travaillée à l’ancienne avec le bruit et le grain de l’image qui nous ramènent à l’époque de la Nouvelle Vague, avec ce côté un peu rugueux, que j’aime bien.

Je suis un autodidacte. Le sujet m’intéressait. Je suis moi-même métis. Il aurait été facile d’aller dans le cliché d’une relation entre un personnage blanc et un autre de couleur, un pauvre petit Noir ou un  pauvre petit Arabe, membre d’une minorité en France. J’aime travailler frontalement. Il faut faire avec sa boxe à soi !

Le film joue sur les tabous. Pour moi, c’est une peinture. Il me fallait du recul. J’ai fait mon travail. J’ai mis la lumière sur des hommes et des femmes et quand je marche dans les rues de Paris, je ne suis plus seul. Je suis fier car j’ai fait un cadeau superbe à mes amis et à ma femme. C’est un conte. La lumière a jailli grâce à Edouard Waintrop (le Délégué Général de la Quinzaine des réalisateurs NDLR); c’est lui qui m’a mis le pied à l’étrier. Le soir de la rencontre, c’est le ramadan, le 27ème jour, le jour du Destin. Je crois aux choses qui nous dépassent. C’est le frère qui parle de la nuit du destin ;  Slimane, c’est le Petit Poucet. La femme, c’est le pilier du film : Sabrina – ma femme – une Franco-Algérienne, métissée.

Ces propos ont été recueillis à Montpellier dans le cadre de CINEMED le 30 octobre 2012 par Annie Gava.

Rengaine  passe à Aix-en-Provence, au cinéma Mazarin.