Entretien avec Costa Gavras, invité d’honneur du 34e festival Cinemed, et Gad Elmaleh

 - Zibeline

Costa- Gavras était au festival de cinéma méditerranéen à Montpellier, le 26 octobre 2012, accompagné de Gad Elmaleh pour présenter, en avant -première nationale,  son dernier film, Le Capital. 

Pourquoi Gad Elmaleh dans le rôle de Marc Tourneuil, ce valet de banque, prêt à tout pour s’enrichir ?

Costa Gavras : Je l’avais vu dans son spectacle : en quelques secondes, il crée son personnage. C’est ce qui m’a conduit à lui. Je ne voulais pas que Tourneuil nous soit constamment antipathique, il fallait qu’on s’y attache malgré tout.

Gad Elmaleh : Cela a été difficile à accepter. J’avais peur. Il y avait des enjeux importants dans une période délicate. J’avais envie de jouer un rôle dramatique mais souvent, je sentais qu’on m’en proposait un pour faire un « coup médiatique ». Là, c’était sincère et le sujet du film m’intéressait. Et ce personnage est cynique, antipathique mais pas seulement. J’ai beaucoup travaillé et le personnage est  le résultat de ce travail. C’est peut-être le mélange entre ce travail sur le personnage et moi qui lui donne son ambigüité.

 

Qu’est-ce qui vous a poussé à réaliser Le Capital ?  

Costa: Cela faisait 5 ou 6 ans que je voulais faire un film sur l’argent, sur son rôle excessif dans notre société. On entend  constamment parler du CAC 40, des marchés qui sont malades, comme de quelqu’un qui aurait des problèmes psychologiques ! En faisant des recherches, je suis tombé sur le petit livre de 90 pages de Jean Peyrelevade, Le capitalisme total,  puis sur le roman de Stéphane Osmont, Le Capital, dont le personnage d’ailleurs est différent. Ils  m’ont fait découvrir un monde que je ne connaissais pas. J’ai rencontré des banquiers, parmi les plus grands : ils m’ont fasciné : cultivés, intelligents, francs, profonds, fragiles aussi. Par exemple, j’ai rencontré un des plus grands banquiers en France. Il est ravi du cinéma français, diversifié, bien géré mais « Ca coûte top cher ! », a-t-il dit ! Ces banquiers  font bien leur travail mais ils dépendent d’actionnaires ; c’est cette partie opaque, cet aspect-là qui m’a intéressé.

Gad : Toutes ces pratiques financières sont légales et c’est ce qui est dramatique. On ne peut pas faire d’analogie avec les dictatures. L’idée serait que tout cela soit réglementé. Depuis mon travail avec Costa, je peux exprimer des choses que je n’ai pas l’habitude d’aborder. Je lis des livres d’économistes comme celui de Daniel Cohen…

Costa : Pour la finance, la démocratie est un placebo ! (..) Ce sujet là me tenait à cœur mais il n’est pas facile de monter l’argent au cinéma. A partir de certaines sommes, on n’arrive plus à se représenter l’argent ; cela est virtuel.  Je n’ai pas cherché un « bon sujet qui dérange ». Je ne me sens pas un dénonciateur. J’aime raconter des histoires. Mon projet cinématographique est de raconter des histoires. Je ne fais pas de films alimentaires. Je ne fais pas passer de message. Pendant mes études, je me suis rendu compte que les grands réalisateurs ont toujours regardé le monde. Là, c’est ma vision du monde. L’important est qu’il y ait de la résistance !

« Ce sont de grands enfants. Ils jouent, ils vont continuer à jouer jusqu’à ce que ça pète ! »

 

Ces propos ont été recueillis par ANNIE GAVA dans le cadre du 34e Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier, CINEMED

Novembre 2012