Aux armes ! La Maison de la Région PACA honore le 70e anniversaire de La Marseillaise et de la Libération de la Provence

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• 20 novembre 2014⇒31 décembre 2014 •
Aux armes ! La Maison de la Région PACA honore le 70e anniversaire de La Marseillaise et de la Libération de la Provence - Zibeline

La Maison de la Région PACA accueille sur la Canebière une double exposition en accès libre, consacrée au 70e anniversaire de la Libération de la Provence et de la création du journal La Marseillaise. Prévue initialement jusqu’à fin novembre, elle est prolongée jusqu’au 31 décembre car Philippe Arcamone, le programmateur de la Maison de la Région, a voulu permettre au plus grand nombre d’accéder à ce travail de grande qualité. Conçue par le groupe Marat, qui fait vivre la mémoire des étrangers ayant contribué à l’histoire de France, elle articule de manière complémentaire la vaste fresque de la Libération et l’échelon local. En s’appuyant sur les archives de La Marseillaise, née dans la clandestinité en décembre 1943, sur des photographies d’époque et le témoignage des survivants, la scénographe Caroline Fellowes donne sens et relief à la conjonction pendant la Seconde Guerre Mondiale des forces libres, des armées alliées et de la Résistance intérieure, au niveau de Marseille et la Provence.

Grégoire Georges-Picot, historien du groupe Marat, insiste sur «le danger constant qu’encouraient à cette époque les opposants au fascisme, leur extraordinaire courage, et leur fabuleux esprit de solidarité». Qu’il décrive une spectaculaire évasion de prisonniers politiques boulevard Chave, ou bien la grève de 800 mineurs sur les bassins miniers de St Savournin, Meyreuil et Gréasque en février 44, on y est, on tremble avec eux, on participe à l’action collective. Lorsqu’il évoque le rôle primordial des femmes infiltrées, en précisant «c’était une époque où on leur offrait des revolvers comme cadeau d’anniversaire», on frémit de fierté. La Main d’œuvre immigrée était l’un des groupes les plus impressionnants, rassemblant toutes sortes de gens, transcendant les clivages sociaux, idéologiques ou religieux dans un combat d’abord politique, qui s’est mué en lutte effective contre les nazis. Lucie Aubrac disait d’eux : «Ce sont nos maîtres en résistance armée».

Naissance de La Marseillaise

La Gestapo a activement traqué les fondateurs d’un journal clandestin bien déterminé à contrer la propagande allemande par une information libre. Selon Grégoire Georges-Picot, «journalistes et imprimeurs ont été poursuivis, arrêtés, torturés et assassinés de manière terrible. Quand on voit les imprimés, on se dit «tant de sueur et de sang pour ça ?» Mais les nazis n’étaient pas dupes, «le plomb de l’imprimeur est plus dangereux que le plomb d’un fusil»». Il évoque Pierre Brandon, celui qui rassembla toutes les énergies, son bras droit Louis Vallauri, et la femme de ce dernier, qui permit probablement à toute la rédaction d’échapper à la souricière tendue à Aix par les Allemands, sur les lieux de la 1re imprimerie du journal. Ou encore Jean de Bernardy, typographe, tombé au maquis de St Antonin en juin 44. Au mur, des casques permettent d’entendre le témoignage émouvant d’André et Rosette Remacle sur les débuts de La Marseillaise, et sa couverture de la Libération.

La fin de la guerre ? «On est déjà dans la prise de pouvoir, et c’est peut-être moins la Résistance. C’est aussi prendre le pouvoir sur des organes de presse, sur des voix qui peuvent porter.» La suite, on la connaît, mais il est salutaire, au moment où la presse dans son ensemble et La Marseillaise en particulier connaissent des difficultés, de s’en remémorer l’esprit fondateur. L’avenir est toujours incertain, mais ce journal est né dans la lutte, il a été distribué sous le manteau pendant neuf mois, pour paraître au grand jour après guerre. Et cette exposition le prouve, il a paru avec panache, chaque jour, pendant toutes les décennies qui ont suivi.

GAËLLE CLOAREC
Décembre 2014

Retrouvez bientôt l’interview de Grégoire Georges-Picot sur la WebradioZibeline

70e anniversaire de la Libération de la Provence et de la création du journal La Marseillaise
jusqu’au 31 déc
Maison de la Région PACA, Marseille

 

Amère inauguration

Par un hasard, malheureux, le vernissage de l’exposition consacrée à La Marseillaise a eu lieu au moment où ses difficultés financières éclataient au grand jour, et devant la justice : en cessation de paiement de fait, le quotidien historique et indépendant de tout groupe financier a obtenu d’être placé en redressement judiciaire. C’est à dire qu’il doit trouver des solutions pour éponger ses déficits (environ 2 millions cumulés) et retrouver l’équilibre, ou cesser de paraître et céder ses actifs (bien plus importants que son déficit).

Une option que Michel Vauzelle, venu inaugurer l’exposition, se refuse à envisager. Soulignant l’histoire exceptionnelle du quotidien, il se déclarait fondamentalement attaché à la pluralité de la presse, soulignait que celle-ci est garantie par la loi et qu’à ce titre la puissance publique doit aider à la garantir. «Quelle que soit sa couleur politique : ainsi la Région a décidé d’aider Nice Matin et ses salariés, alors qu’ils sont peu pressants à rendre compte de notre action dans les Alpes-Maritimes ! La Marseillaise aussi ne manque pas de nous égratigner, mais ce journal ne peut pas disparaître !». Le PDG Jean-Louis Bousquet, très ému, refusa lui aussi de considérer cette alternative : «On assiste depuis quelques jours à un élan de solidarité que nous n’espérions pas si important. Nous devons sortir de cette mauvaise passe, La Marseillaise en a connu d’autres, c’est un journal militant qui peut compter sur ses salariés.» Mais il sait aussi qu’une mutation doit avoir lieu, pour que La Marseillaise «améliore son site et qu’il soit en synergie avec ses éditions papiers». Comment faire pourtant, pour pallier «la lente érosion du lectorat malgré des abonnements en hausse» (la disparition des kiosques n’y est pas pour rien…) et «la baisse des recettes publicitaires à laquelle toute la presse est confrontée», mais que le quotidien proche du Front de Gauche a vu multiplier par la disparition de mairies communistes qui furent ses soutiens ?

Il y a de la place pour une presse alternative à celle des grands groupes nationaux ou régionaux diffusant une information prémâchée par l’AFP et se repaissant de pseudo scandales politiciens. Oublieuse des vraies luttes, des véritables enjeux de proximité, qui valent autant que ceux de Paris. Mais il faut pour qu’elle existe, perdure, retrouve des couleurs et de l’allant, qu’elle ne coure pas tous les jours après les moyens matériels de sa survie : les journalistes doivent être assez nombreux pour avoir le temps d’enquêter, d’aller sur le terrain, de soigner leurs papiers, d’inventer des formes.

La Marseillaise vivra si elle cesse de seulement survivre… c’est tout le paradoxe des redressements judiciaires !

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2014

Pour soutenir la Marseillaise : http://pourquevivelamarseillaise.blogspot.fr

Illustrations : 29 août 1944 – Goumiers marocains défilant sur le Vieux Port. c ECPAD et Le n°1 de La Marseillaise clandestine. Archives Groupe Marat

Le-n°1-de-La-Marseillaise-clandestine.-Archives-Groupe-Marat

Maison de la Région PACA
61 La Canebière
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