Le Théâtre Joliette-Minoterie, fierté du chemin accompli à Marseille

Enjôleuse Joliette

Le Théâtre Joliette-Minoterie, fierté du chemin accompli à Marseille - Zibeline

Le Théâtre de la Minoterie devenu Joliette poursuit depuis 2013 son projet remarquable. Faisant, pas à pas, tout ce que les Minotiers avaient prévu. Et au-delà !

Le Théâtre Joliette accueille les coqueluches de la scène contemporaine internationale (de TGStan à Bouchra Ouizguen), donne une grande place à la création régionale, surtout la plus jeune (Charles Eric Petit, Vincent Franchi, mais aussi Christian Mazzuchini ou Philippe Boronad), propose des créations maison qui partent ensuite en tournée (Fuck America, Papa part, Trois Perrault), s’engage à la hauteur de ses moyens dans de véritables coproductions… Et accueille en résidences longues des compagnies pour « donner à vivre le lieu et le quartier au-delà des spectacles », explique la directrice Pierrette Monticelli.

C’est-à-dire ? Il s’agit de proposer des formes bistrot à ceux qui fréquentent le restau à midi, de travailler avec les établissements scolaires, l’hôpital européen et les entreprises, de proposer des ateliers de pratique… Mais aussi d’inscrire la création dans la réalité d’un « quartier qui n’en est pas un » : Euromed. Après Renaud Marie Leblanc (Didascalies) et Alexandra Tobelaim (Tandaim) accueillis pendant 3 ans, ce sont La Paloma et les Pas perdus qui sont installés en résidence depuis septembre et jusqu’en 2020, et s’apprêtent à livrer leurs premières formes.

Les résidents

Le choix des Pas perdus, collectif d’artistes qui inventent des installations plastiques bidouillées avec les habitants, peut étonner : leur travail en espace public est a priori éloigné des pratiques d’un théâtre. Mais il colle au projet des Minotiers : « ce qu’ils engagent dans ce quartier prend par un autre bout le travail que nous y faisons », explique Haim Menahem, l’autre directeur du lieu. « Nous essayons d’amener les passagers du quartier, ceux qui y travaillent de 10h à 18h, à rester le soir et à nouer un rapport avec l’art.  D’un autre côté on essaie de faire traverser la rue à ceux qui vivent dans le quartier plus pauvre de l’autre côté du tram. Les Pas perdus, eux, vont vers eux, pour poétiser le réel, transformer leur vision, s’installer dans leur espace. »

Guy André Lagesse en effet travaille sur le rêve, le songe éveillé, l’échappée mentale : comment se rêve-t-on dans cet univers urbain dont la vie commune est absente, dans ce quartier bord de mer où la mer est cachée, ce monde du travail tertiaire dont les enfants, les pauvres et les retraités sont absents, où les commerces sont standardisés ? Ce quartier diurne, sans habitants, génère-t-il des rêves ? Les Pas perdus affirment que oui, les recueillent en baladant leur « studio volant », photographient les rêves des habitants et  fabriquent des affiches qui les matérialiseront, et seront exposées sur des colonnes Morris en juin…

Rachel Ceysson et Thomas Fourneau (La Paloma) travaillent aussi sur le quartier. Avec un projet de film, Extérieur nuit / Intérieur jour, qui explore les extérieurs nocturnes déserts, beaux et désincarnés, et par contrastes les bureaux standardisés où les employés impriment la trace intime de leur présence… Un projet de spectacle aussi, qui sera créé en novembre : Trust de Falk Richter s’attache aux sociétés en faillite après les krachs boursiers.

La fusion

Mais les entreprises culturelles subissent elles aussi la réalité économique, et la volonté politique. Marseille Provence 2018 ? « Ils n’ont pas songé à nous inclure dans le projet, apparemment le travail que nous faisons avec les compagnies d’ici et les habitants d’ici ne les intéresse pas. Pas plus qu’en 2013, on a l’habitude… » déclare Haïm Menahem. Pourtant la réussite du projet Joliette a amené les collectivités à leur confier aussi le Théâtre de Lenche. La fusion sera effective dès septembre 2017, mais tout est à penser : il faut programmer sur les deux lieux, avec un budget qui n’est pas arrêté (« on sait ce qu’on a demandé, on ne sait pas ce qu’on aura »), une équipe actuellement sans activité dont il va falloir intégrer ceux qui voudront rester, un organigramme général à repenser…. « On n’a que trois ans, et en septembre il faut que notre nouveau projet prenne corps. C’est beaucoup de travail…» La fatigue des directeurs et de toute l’équipe, trop petite pour tant d’activité, est visible sur les visages. Presque autant que leur enthousiasme intact, et la fierté du chemin accompli…

AGNÈS FRESCHEL
Février 2017

Photo : La Joliette des Songes © Les Pas Perdus


Théâtre Joliette
2 place Henri Verneuil
13002 Marseille
04 91 90 74 28
www.theatrejoliette.fr