Le Ballet d’Europe est en liquidation judiciaire, endetté par l'année capitale

Encore une compagnie qui ferme…

• 26 août 2013⇒27 août 2013, 30 août 2013⇒31 août 2013 •
Le Ballet d’Europe est en liquidation judiciaire, endetté par l'année capitale - Zibeline

Ils espèrent encore tenir, revenir, danser à nouveau. Le Ballet d’Europe est en liquidation judiciaire. Jean-Charles Gil, directeur et chorégraphe, le dit clairement : « L’année capitale a accéléré le processus de délitement et de destruction des compagnies régionales ». Interrogé sur les subventions reçues de MP2013, il explique que les 40 000 € reçus pour sa création H2O, puis 40 000€ encore pour Août en danse, sont loin de suffire à couvrir les frais supplémentaires engagés pour cette année exceptionnelle, et les ont amenés à s’endetter. « Et encore, dit-il, nous faisons partie de ceux qui ont reçu de l’argent. D’autres, qui ont été labellisés pour monter des projets mais n’ont rien reçu, sont aujourd’hui dans le même danger de disparaître que nous ».

Mais cela ne serait rien si les collectivités n’avaient pas été amenées, pour financer MP2013, à baisser significativement leurs subventions aux compagnies régionales, et aux lieux de production. Ce qu’elles s’étaient engagées à ne pas faire au moment de l’élection de Marseille-Provence Capitale. Car le Conseil Général 13, qui accordait 520 000 € de subventions au Ballet d’Europe, a d’abord annoncé une baisse de 80 000 € « ce qui correspondait au financement de la capitale et nous laissait déjà à armes égales avec des projets supplémentaires à monter », précise le chorégraphe. Puis le CG n’a pas voté la subvention 2013, présentée lors des différentes commissions du premier semestre « ce qui nous amène aujourd’hui, en septembre, à fonctionner encore sur la trésorerie 2012, et à avoir 70 000 € de dettes ». Et ceci si le CG13 vote bien le 27 septembre la subvention de 300 000 € qui leur a finalement été proposée, soit une baisse de 220000 €… au mieux. Car rien n’est sûr, et si la subvention n’est pas finalement maintenue, le redressement judiciaire, qui permet à la compagnie de ne pas fermer totalement, se transformera en liquidation judiciaire. C’est-à-dire en interdiction de poursuivre toute activité, à la perte du lieu de diffusion et de répétition d’Allauch, à la disparition du répertoire monté par le Ballet… « Dire qu’on s’est battu pour cette capitale… Marseille a un potentiel formidable et regorge d’artistes très différents et très talentueux, qui sont mis à mal très gravement. C’est une catastrophe pour les artistes, pour le public et pour la ville. Il faut agir pour arrêter cela. »

Concrètement, pour l’heure, et même si le CG13 vote en septembre la subvention, les danseurs et les salariés du ballet d’Europe seront licenciés après Août en danse. La tournée en Amérique latine est annulée, et les engagements, nombreux, ne seront pas honorés. Si le processus de liquidation judiciaire le permet, le Ballet d’Europe pourra encore, de temps en temps, se produire, en réengageant les danseurs comme intermittents au coup par coup, en louant la salle d’Allauch pour accueillir des spectacles, sans création bien sûr, mais en conservant son répertoire et son savoir-faire. Un moindre mal qui pourrait permettre de repartir sur des bases plus modestes, et de ne pas laisser le travail accompli partir en fumée.

À voir !!

En attendant Août en danse va commencer (voir ici). Le Ballet d’Europe y crée deux pièces : Le grand Bal de Sharon Fridman est un sextuor très impressionnant, fondé sur la reprise du sublime duo Hasta dónde ? qui explore la relation à deux, ou le dédoublement, par un principe de contact permanent – soutien, porté, impulsion. La pièce, multipliée par trois, est rapide, violente, fascinante.

La dernière création (pas l’ultime espérons le !) de Jean-Charles Gil est écrite en communion avec le plasticien Toma-L, adepte de la figuration libre. Il peuple la scène de ses créations sculpturales ou picturales qui agissent comme autant de corps. Le chorégraphe s’y met en scène, donnant vie au mouvement des autres et aux objets, démiurge de ses propres pensés, donneur de souffle. Comme si la matière et les corps sortaient de son parcours, puis se transformaient en écriture du geste. Cela s’appelle Désincarné, mais met au jour le processus qui va de la création à l’écriture, et passe ici, concrètement, par la matière.

AGNÈS FRESCHEL
Août 2013

Photo : Agnès Mellon

Le Grand Bal

Désincarné

Les 26, 27, 30 et 31 août

Ballet d’Europe, Allauch

04 96 13 01 12

www.mp2013.fr