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Les Capitales Provençales de la Culture, jusqu'au 31 décembre à Allauch, Eyguières, Tarascon et Pélissanne

En Provence tout est Capitale !

• 7 avril 2018⇒31 décembre 2018 •
Les Capitales Provençales de la Culture, jusqu'au 31 décembre à Allauch, Eyguières, Tarascon et Pélissanne - Zibeline

Après Trets en 2017, le Conseil départemental 13 lance cette année 4 Capitales Provençales de la Culture. Tarascon, Pélissanne, Allauch et Eyguières sont à l’honneur.

Le développement par la Culture. Il semblerait que peu à peu le Conseil Départemental 13 commence à y croire, et même à le penser en termes de service public. Au mitan de son mandat de Présidente Martine Vassal parle de développement des individus et des groupes sociaux, des territoires, et non plus d’attractivité économique et touristique, de résultats. Un changement de cap ? Le fait que MP2013 a durablement structuré le territoire métropolitain, mais aussi les imaginaires, est au cœur du discours.

Cela est d’autant plus notable que la première Capitale provençale de la culture, en 2017, était Trets, une ville où le maire Jean-Claude Féraud est un conseiller départemental proche de Martine Vassal, élu maire en 2014 avec une majorité assez courte. En 2018 le soutien politique semble moins direct : Eyguières, Tarascon et Pélissanne sont des terres Républicaines dirigées par des maires vice-présidents du département ou de la Métropole Aix Marseille Provence. Mais à Allauch, depuis des lustres (1975), règne Roland Povinelli, figure historique du PS proche un temps de Jean-Noël Guérini.

L’artiste en cadeau

Les Capitales Provençales de la Culture semblent donc avoir dépassé les calculs politiciens pour recouvrer des enjeux politiques, au sens noble : il s’agit de fabriquer du commun, de faire circuler la culture jusque dans les petites communes, et d’affirmer implicitement que la culture provençale n’appartient pas au Front national. De quoi se réjouir, même si les grands absents des discours restent les artistes, jamais cités, jamais à l’origine des dispositifs mais appelés à s’insérer dedans. Invités simplement à répondre à la demande, comme pour meubler joliment un espace qui a une autre vocation que la création artistique.

La présentation des Capitales, le 6 avril, était à cet égard emblématique : le Conseil départemental avait confié à Karwan le soin de la cérémonie, et des circassiens de talent évoluaient sur trampoline, mât, cordes fixe ou ballantes, dans un Atrium qui semblait enfin trouver une justification à sa hauteur monumentale. Des performances sensibles et émouvantes auxquelles peu de personnes présentes accordèrent leur attention pourtant, et en tous les cas ni Martine Vassal ni Sabine Bernasconi, déléguée à la Culture, qui offrirent ce cadeau artistique à leurs hôtes comme on offre un bouquet de fleurs, sans même ressentir l’envie soudaine d’en goûter soi-même l’odeur. Difficile, dans ces conditions, de comprendre la nature de l’expérience artistique, son bouleversement, sa fragilité, et la nécessité de soutenir et considérer les artistes. La sensation d’être instrumentalisés, vassalisés dirent certains d’entre eux invités au spectacle, continue d’avoir cours.

Culture augmentée

Le programme des Capitales Provençales se fonde sur les événements culturels existant déjà dans les villes, le Conseil départemental apportant en tout 250 000 euros supplémentaires, et mobilisant les artistes pour qu’ils proposent des manifestations. Ainsi les Chants de Noël tourneront dans toutes les villes, on célèbrera les Journées du patrimoine et la Nuit des musées, les réjouissances plus ou moins pro de la fête de la musique, autant d’événements qui rythment désormais les années culturelles, auxquels viendront s’adjoindre les commémorations du centenaire de l’Armistice en novembre 18.

Mais il est évident que les Capitales  permettent aussi une programmation plus dense. Ainsi on pourra écouter des concerts des grands festivals internationaux du territoire : l’Académie du Festival d’Aix propose une tournée de récitals (15 juin à Allauch, le 22 juin à Tarascon, le 17 juillet à Eyguières, 18 juillet à Pélissanne), La Roque d’Anthéron des concerts de musique de chambre (5 août à Allauch, 7 août à Eyguières, 8 août à Tarascon, 16 août à Pélissanne). L’opéra de Marseille propose un concert autour de Carmen à Tarascon, et se produit le 13 octobre à Allauch et le 24 novembre à Eyguières.

Quant au Festival Marseille Jazz des 5 continents, il quitte le territoire décidément trop restreint pour lui de la ville pour épouser le Département : il a commencé avec un beau programme le 7 avril à Pélissanne (Le Shahin Novrasli Trio), sera le 6 juillet dans le magnifique  théâtre de verdure d’Allauch, et proposera pas moins de 4 concerts en août à Tarascon.

Quelques expositions d’exception sont également à noter : une Pause photo à partir du fonds départemental que l’on sait particulièrement riche et passionnant prendra place à Pélissanne du 7 juillet au 26 octobre, avec des œuvres d’Agnès Varda, Bernard Plossu, Jean-Marie Périer, Raymond Depardon, Franck Pourcel… À Eyguières l’association Voyons voir propose une exposition autour de l’eau et de l’artiste Perrine Lacroix (du 12 juillet au 16 septembre). Quant au Château de Tarascon, Centre d’art qui présente chaque année des expositions remarquables, il ouvrira ses portes aux animations, ateliers, visités guidées et étranges de l’exposition les Chambres des merveilles (du 6 avril au 4 novembre), conçue avec le Centre des Monuments Nationaux.

Spectacles et culture

Cette année capitale exceptionnelle sera aussi l’occasion, pour les villes, de programmer des compagnies du département : Pierre et le loup d’Emilie Lalande, Les Brigandes du château d’If, Le théâtre du Maquis qui joue Et l’Acier s’envole aussi, le trio Bamboo orchestra, un surgissement du théâtre du Centaure, les Chants sacrés en méditerranée, Karwan qui propose de l’acrobatie déjantée à skis avec la Cie Kadavresky, un spectacle pyrotechnique des Karnavires… Le festival En Ribambelles, organisé par La Criée, le Théâtre Massalia et le Mucem, se délocalisera à Allauch du 22 au 26 octobre et les Estivales d’Allauch présenteront une édition exceptionnelle (Massilia Sound Gospel, un duo de piano, de la danse néoclassique…).

Mais c’est la culture provençale et taurine qui, tout au long de l’année, sera particulièrement à l’honneur : ferrades, courses de taureaux, férias, corridas à Eyguières, Pélissanne et Tarascon, fête patronale, marché de Noël, gros souper et veillée calendale à Allauch et Pélissanne, et comme une mémoire récurrente, Marcel Pagnol dans une « terre allaudienne quasiment inchangée », et La Fille du Puisatier jouée dans les collines. Une vision particulière de la culture, loin de la création qui permet sa naissance et son renouvellement. Dans la persistance d’un patrimoine à défendre sans doute, tant qu’il ne consiste pas à s’accrocher à des références identitaires excluantes et, pour ce qui est des taureaux, pour le moins discutable dans la violence assumée du rituel collectif.

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2018

Allauch, Eyguières, Tarascon, Pélissanne
Capitales Provençales de la Culture
7 avril au 31 décembre
departement13.fr

Photo : Lancement des Capitales provençales de la culture 2018 -c- X-D.R.