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Qu'en est-il de la Culture dans les programmes européens d'Europe Écologie Les Verts et de Génération.s ?

Élections européennes : la Gauche et la culture

Qu'en est-il de la Culture dans les programmes européens d'Europe Écologie Les Verts et de Génération.s ? - Zibeline

La Gauche part aux élections en ordre dispersé, et se préoccupe des questions culturelles de façon très diverse : le Parti Communiste a élaboré un programme de politique culturelle pour l’Europe et la France Insoumise en a fait son 13e combat (voir Zib’ 31). Du côté des autres Gauches, les disparités s’affichent.

L’Art et les écolos

Le Projet bien vivre de EELV est un véritable programme européen qui se décline en 6 grandes parties, chacune composée de plusieurs sous-chapitres. Il aborde donc 27 grands thèmes, les approfondit, dresse un état des lieux, préconise des solutions très concrètes.

Las, aucun de ces 27 chapitres ne porte sur la culture. Au long de ces longues pages les mots Art et Artiste n’apparaissent pas. Seule une Annexe s’intitule Écologie politique et Culture. Celle-ci aborde des problématiques strictement nationales, sans doute parce que la Culture n’est pas considérée comme un sujet européen. Les termes artistes et artistique y apparaissent, chacun 1 fois : « artiste » est associé au mot « développeur », « artistique » à « culturel, scientifique, numérique, artisanat… ». Le mot Art est absent de l’ensemble de l’Annexe. Les quatre points abordés sont :

  • L’économie nationale de la culture, qui est analysée en quelques chiffres à travers ses coûts et les retombées directes pour l’industrie du tourisme. En termes d’emplois culturel, il est question de « maintenir le système de protection actuelle des intermittents, l’étendre à des catégories d’artistes et de techniciens sous-protégés (en particulier ceux des arts plastiques), voire à d’autres catégories précaires ».

Plusieurs commentaires accompagnent cette unique préconisation qui est qualifiée de « mesure principale » « plutôt symbolique mais cruciale pour les acteurs culturels », en particulier un « on est pas (sic) contre la flexibilité » ou « il faut favoriser une politique culturelle plus permanente moins soumise au projet » qui semble méconnaître la nature du régime des intermittents et des professions artistiques.

  • La création de Pôles territoriaux de création culturelle, seuls établissements culturels cités : destinés aux « zones rurales et périurbaines délaissées » il leur faudra pourtant obtenir des « financements croisés Public/Privé » et dénicher une part d’autofinancement.
  • Le choix d’une Approche écologique du Patrimoine visant à prêter attention au « petit patrimoine diffus (lavoirs, granges, maisons de villages et de villes à l’architecture de caractère) », à « valoriser les entrées de villages », à « soutenir l’art de vivre, le patrimoine culinaire » et « la biodiversité cultivée », ainsi qu’à « préserver les paysages par des projets de jardins solidaires et durables ». Pour les « Sites historiques », il est précisé qu’ils doivent continuer à être « mis en valeur » parce qu’ils sont « source d’attractivité ».
  • Des réflexions sur les médias « pour un service public audiovisuel et numérique », préconisent une réforme de la redevance de l’audiovisuel étendue à tous les écrans et non aux seules télés. Par ailleurs elle appelle à des mesures salutaires en termes de taxe des Fournisseurs d’Accès à Internet reversée aux médias indépendants, d’interdiction de regroupement des médias et de réforme de la gouvernance des chaînes publiques.

Pourtant, en dehors de cette Annexe, quelques points du programme concernent de près la Culture, les Arts et l’Éducation Populaire, malgré l’absence de référence directe et explicite aux droits culturels de chacun, à la nécessité désintéressée de la création artistique et de la préservation et mise en valeur du patrimoine.

Ainsi, un chapitre est consacré à l’égalité des territoires, exigence démocratique cruciale aujourd’hui pour la survie d’un politique culturelle nationale mise à mal à la fois par la concentration des moyens de l’État à Paris (62% des dépenses du Ministère pour 12% de la population) et la baisse des dotations aux collectivités qui souvent peinent à prendre en charge une politique culturelle ambitieuse voire minimale. L’analyse globale des écologistes sur la territorialité, concerne les politiques culturelles.

Un autre chapitre est consacré aux « communs environnementaux (air, eau, sols, biodiversité, climat…) », qui pourrait très aisément être élargi aux communs culturels pour peu que les Écologistes considèrent que l’art et la pensée, la culture et le patrimoine, sont nécessaires à notre humanité.

Un autre enfin, préconise de « lutter contre les discriminations et promouvoir une identité positive ». Il y est là question de « diversité culturelle ». Des portes à ouvrir ?

Génération.s Culture

Le programme pour les Européennes de Génération.s a été élaboré en s’appuyant sur une consultation libre, sur Internet, des membres et sympathisants du mouvement.

Il est résumé et symbolisé en « 21 engagements pour un Printemps européen » dont un consacré à la culture, qui réclame « un financement public européen de la création et du patrimoine » et qui passe en revue, en quelques mots, les grandes problématiques de la culture à l’échelle européenne, et s’oppose à :

  • la privatisation de l’art « accaparé par des collectionneurs fortunés »
  • la baisse du soutien public aux musées et aux institutions culturelles européennes et la privatisation des sites historiques
  • l’absence de financement européen « pour soutenir les investissements des États membres dans les institutions et pratiques culturelles »
  • « l’exploitation des artistes » privés de leur « droit à disposer de leurs œuvres ».

Dans sa version longue, le New deal pour l’Europe consacre à nouveau un chapitre à la Culture, qu’il décline en 8 points, les précédents qu’il développe, et quelques autres :

  • la sécurisation des contrats de travail des artistes
  • la décolonisation des arts et en particulier la restitution des œuvres volées
  • la refonte et l’augmentation du programme Europe Créatives
  • la démocratisation dans les institutions publiques et en particulier la parité
  • des mesures de facilitation pour l’accès aux œuvres
  • la création d’un multimédia européen et d’un fonds de soutien aux médias indépendants.

Un programme indéniablement précis, renseigné, technique, abordant tous les points culturels qui peuvent être du ressort européen.


À quelques jours des élections européennes les projections de ce que sera l’Assemblée restent très imprécises, d’une part parce que certains pays, comme le Luxembourg, ne procèdent à aucun sondage, d’autre part parce que l’indécision des électeurs, et en particulier des électeurs de gauche, sur leur participation et sur leur vote est encore très grande dans la plupart des pays européens. Enfin, il est difficile de savoir à quels groupes vont se rallier certains mouvements : le M5 étoiles ne veut pas être classé à l’extrême droite, il voulait intégrer la ALDE (Libéraux) qui a refusé son entrée, et affiche certains points de convergence avec la Gauche Unitaire. Fondera-t-il un groupe autonome avec de nécessaires alliés d’autres pays ? Sinon, quel groupe intègrera-t-il ? Avec qui votera-t-il ?

Il semblerait cependant que certaines tendances se dessinent : l’extrême droite nationaliste sortira sans doute renforcée des élections, en particulier si les partis d’Orbán (auparavant PPE) et de Le Pen fille (auparavant ELN) rejoignent le nouveau rassemblement de Matteo Salvini (AEPN). Si les extrêmes droites européennes se regroupent, et après la sortie de l’Angleterre, qui fournit une bonne part des groupes conservateur (CRE) et démocrate (S&D), l’extrême droite nationaliste pourrait représenter le groupe le plus important de l’Assemblée, sans atteindre pourtant une majorité sans alliance, pour l’heure impensable, avec le PPE.

L’autre tendance lourde est l’affaiblissement probable du S&D (Socialistes et Démocrates) du PPE : les deux partis qui disposaient jusqu’alors, par leur alliance constante, d’une majorité qui leur permettait de mener une politique de compromis à tendance libérale, devront se chercher d’autres alliés. D’où l’importance des autres groupes de gauche et écologistes, qui pourraient peser, dans de nouvelles alliances, sur les questions climatiques, alimentaires, écologiques, migratoires et culturelles… pour peu que les électeurs de Gauche, peu friands des Européennes, se déplacent autant vers les urnes que les Nationalistes eurosceptiques !

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2019

Lire ici notre entretien avec Nora Mebarek, candidate en 6e position de la liste Envie d’Europe.