Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Vincent Peillon et Aurélie Filippetti : un cheval de bataille pour deux

Éducation artistique et culturelle

Vincent Peillon et Aurélie Filippetti : un cheval de bataille pour deux - Zibeline

Vincent Peillon et Aurélie Filippetti ont enfourché un cheval de bataille commun !

Tandis que l’un veut réformer les rythmes scolaires et faire entrer dans les préoccupations scolaires et périscolaires la pratique des arts et l’enseignement de leur histoire, la ministre de la Culture a organisé une vaste consultation sur l’éducation artistique et culturelle. Un rapport en est déjà issu qui pointe la richesse des expériences menées, mais aussi l’extrême difficulté d’offrir à tous les enfants un parcours artistique qui leur permette de fréquenter et pratiquer les arts… les membres du comité soulignant avec pertinence que l’offre culturelle s’adresse souvent aux mêmes. D’autres embûches sont soulevées, plus ou moins explicitement, dans ce rapport, qui souligne l’impossibilité d’uniformiser l’expérience artistique, la place mal définie de la culture scientifique (savoir ou questionnement épistémologique ?), et le danger sous-jacent d’obliger les artistes à orienter leur travail vers une transmission qui va parfois à l’encontre des impératifs de la création.

Cette consultation se poursuit actuellement par un Tour de France, dont on espère qu’il fera remonter vers le ministère l’excellence de certaines expériences menées en région PACA, et n’aboutira pas au parachutage d’initiatives uniformisées obligatoires.

Cependant, l’essentiel dans notre territoire n’a pas besoin d’une consultation pour sauter aux yeux : les enfants manquent cruellement de lieux de pratique, la vie associative est sous perfusion et les lieux d’éducation populaire sont mourants. À cause d’un manque de subsides publics, et d’une répartition catastrophique des équipements sur certains territoires, comme les quartiers nord marseillais. À cause aussi d’un abandon progressif par les comités d’entreprise de leurs ambitions culturelles. À cause surtout d’une lente aliénation des esprits par les médias audiovisuels qui cassent l’entreprise culturelle de l’école, et dépendent du MCC : lorsque les chaînes publiques cesseront de traiter la culture en fin de journal et en la confondant avec le divertissement et la vie des stars, le MCC aura fait l’essentiel du travail…

Construire avec les enseignants

Un autre écueil, de taille, au projet de la ministre de construire un projet artistique et culturel pour chaque élève, repose dans l’état actuel de l’enseignement artistique en temps scolaire. Dispensé à l’école primaire et maternelle par des enseignants très rarement épaulés par des intervenants extérieurs, au collège par des professeurs très bien formés mais dans des conditions que chacun sait impossible (on n’enseigne pas l’art à des groupes de 25 à 30 élèves, à moins de vouloir les dégoûter à vie de la flûte à bec et de l’art contemporain), l’enseignement artistique disparait au lycée en dehors des sections spécialisées, ou des rares options proposées aux sections générales. Pire, les classes qui auraient le plus besoin sans doute du contact avec l’art en sont exclues : SEGPA (enseignement adapté en collège), lycées professionnels (en dehors des lycées agricoles), lycées technologiques ne bénéficient d’aucun enseignement artistique, et d’aucune possibilité de pratiquer un art.

Il est clair d’ailleurs que le peu d’enseignement artistique au collège ne vise pas à la pratique : sans instruments, sans matériel, avec des élèves assis à leur bureau dans le cadre de salles inadaptées comment pratiquer la musique, la danse, le théâtre, comment sortir les arts plastiques de l’espace plan de la feuille pour en faire toucher la matière et le volume ?

Le remède préconisé ces dernières années dans l’Éducation Nationale est le recours magique à … l’Histoire des Arts. Nécessitant beaucoup moins de moyens, praticable en classe entière, c’est la panacée ! Sauf que celui qui aime les arts sait intimement qu’il y a accédé en jouant, en dessinant, en dansant au moins un peu lui-même… ce que le temps scolaire ne peut actuellement donner, que le périscolaire ne fournira pas sans moyen (Le ministère de l’Éducation nationale veut-il en mettre ? ), et que le «hors scolaire» dispense pour l’heure très inégalitairement, à ceux qui en ont les moyens, et l’habitude familiale.

De plus, actuellement, aucun horaire supplémentaire n’est affecté à l’enseignement de l’Histoire des Arts en collège, qui ampute donc les heures d’enseignement artistique, d’EPS, d’histoire ou de lettres selon la bonne volonté des enseignants, en plus des programmes… Les seules classes qui y accèdent sont donc déjà celles qui n’ont pas de difficultés avec l’enseignement disciplinaire.

Il serait certainement plus efficace, pour dispenser une éducation artistique et culturelle de qualité, de repenser d’abord ses modalités d’enseignement en classe, avec les enseignants, en écoutant enfin le B.A.BA de leurs besoins…

AGNÈS FRESCHEL
Février 2013

Lire aussi notre article sur le 29e colloque national Éducation et devenir.