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Un pays riche peuplé de pauvres

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Est-il besoin, une fois de plus, de brosser le paysage d’un pays dévasté ? Le film de Ruffin sur les gilets jaunes nous fait voyager au cœur de souffrances inédites et indécentes. Celles de ces jeunes hommes qui travaillent mais ne parviennent plus à se nourrir sans la pizza que leur patron leur offre une fois par semaine, ou qui n’osent plus sortir parce qu’ils ne peuvent pas se payer, une fois par semaine, une bière à partager avec leurs amis. Celles de cette jeune femme qui a vécu son enfance à traquer les promotions et à ressentir la faim pendant ses journées d’école, et qui aujourd’hui alimente ses enfants grâce aux Restos du Cœur. Celle de cette mère handicapée qui fait les poubelles et vit avec sa honte, qui devrait être la nôtre. Ou plutôt le déshonneur des puissants, qui acceptent aujourd’hui que les personnes handicapées, inaptes au travail, vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors même que chaque salarié cotise chaque mois pour financer l’allocation adulte handicapé. Ces puissants qui promettent des centaines de millions pour restaurer la cathédrale dont la charpente vieille de 9 siècles est partie en fumée, mais qui délocalisent les entreprises pour encaisser davantage de dividendes sans souci des territoires qu’ils livrent au chômage et à la désespérance.

Les riches n’ont jamais été aussi riches. Il faut bien que le PIB de la France, 573 milliards d’euros, en croissance de 1,5% en 2018, aille dans la poche de quelqu’un. Les riches bénéficient aujourd’hui de la complicité de l’État pour légaliser leurs niches fiscales et encaisser des cadeaux qui révoltent le peuple, comme la suppression de l’ISF. Les cotisations sociales des entreprises ne cessent de diminuer, mettant la sécurité sociale, les allocations chômage, les régimes de retraite dans l’impossibilité d’assumer la redistribution pour lesquelles elles sont conçues. Les services publics sont parvenus aujourd’hui à un état d’appauvrissement tel qu’il sert de justification aux baisses des prestations, au démantèlement de la SNCF, des hôpitaux, de l’école, de la culture.

Faudra-t-il, toujours, serrer la ceinture sur nos ventres vides ? La baisse des impôts et des charges est un leurre : ils sont largement compensés par la hausse de ce que nous payons. Les économistes prédisaient tous que les recettes fiscales 2018 seraient en berne, observant la baisse globale des revenus des Français et la disparition de certaines recettes fiscales comme l’ISF. C’est le contraire qui s’est produit, à force de taxation sur l’essence, l’alcool, les cigarettes, et d’une hausse phénoménale du prix de l’énergie.

La politique est simple et claire : les pauvres payent les cadeaux faits aux riches, les inégalités de revenus n’ont jamais été aussi énormes, les morts de froid et les SDF aussi nombreux, la souffrance sociale aussi criante. Chacun sait, y compris parmi les classes dites moyennes, que ceux, toujours plus nombreux, qui tendent la main dans la rue pourraient être leurs enfants. Le coût des études augmente, celui des maisons de retraite explose, les emplois continuent de se raréfier, les salaires stagnent, les prix alimentaires s’envolent, et le logement constitue le premier poste de dépense de plus de deux tiers des Français. Il faut être aveugle pour ne pas voir combien la misère a gagné.

Que fait Macron ? Il affirme qu’il continuera sur la même voie pour redresser le pays. Comme on redressait autrefois les enfants délinquants pour que les grands bourgeois dorment tranquille ? Décidément Macron n’est pas le Président des riches, mais leur valet.

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2019