Un été grandeur nature

Journal Zibeline actualit� culturelle

Ou presque. La saison estivale n’aura toujours pas la saveur de l’insouciance. Mais une chose est certaine : l’été 2021 ne ressemblera pas au précédent, moralement glacial et culturellement dévasté. L’espoir est là. L’enthousiasme aussi. Avec cette irrépressible envie de tourner la page. Dans le Sud-Est, la quasi-totalité des rendez-vous sont maintenus. De nouveaux ont même l’audace de se créer. Dans des formats bien évidemment adaptés. La densité de ce numéro spécial en est l’heureuse illustration. Jauges, masques, distanciation, assis, pass sanitaire, le vocable festivalier reste néanmoins marqué par la nomenclature des gestes barrières. Officiellement, nos corps ne pourront danser, nos sourires se dévoiler, mais nos émotions seront bel et bien partagées. Toutes les musiques, la danse, le théâtre, le cinéma, les arts visuels vont retrouver leur place, leur rôle, leur pouvoir. Celui de nous rassembler, nous élever, nous émanciper, nous (re)construire. Nous rendre humains. Bien sûr, l’art va aussi nous divertir -quel esprit aurait le toupet de nous l’interdire ?- mais il ne fera pas diversion. L’art, les biens culturels ont un coût mais ne sont pas des marchandises. On ne les offre pas en bons d’achat en guise de pseudo politique culturelle. La fausse bonne idée d’un « Pass culture » remet en débat la question de l’accès à l’art, à sa contemplation comme à sa pratique, dans un monde où se creusent les inégalités. Mais n’a-t-on d’autres perspectives pour la jeunesse que de lui inculquer comme socle de l’éducation culturelle le droit de consommer ?

Beaucoup d’opérateurs, certainement pas assez, pratiquent des politiques tarifaires volontaristes en direction des jeunes et des personnes précarisées. Des jeunes qui se presseront, à n’en pas douter, dans les festivals, en quête d’épanouissement et de cicatrisation des terribles mois vécus par certain·e·s. À tous âges, vibrons aux sons, aux mots, aux images, aux couleurs de la création. Souhaitons-nous de vivre un été grandeur nature.

LUDOVIC TOMAS
Juin 2021