Sortir de l’hébétude

Journal Zibeline actualit� culturelle

Se taire, face à la récupération en cours de l’extrême droite ? Se taire, face au soupçon de racisme, au repli identitaire, aux sourires goguenards du type je vous l’avais bien dit ?

2015 entamée et conclue par les traumatismes des attentats islamistes, ouvre sur des vœux 2016 bien difficiles à prononcer. Ankara, Paris, Ouagadougou et le réveillon de Cologne nous ont acheminé vers une année nouvelle, et l’ère de l’hébétude.

Aujourd’hui la presse compte les morts. Aujourd’hui la presse dénombre les agressions sexuelles, les plaintes, les pourcentages de réfugiés parmi les suspects. Les européens progressistes savent qu’ils ont perdu le combat, et les réfugiés venus chercher la paix en Europe rasent les murs. La presse compte, et ne sait plus comment commenter.

Après Cologne elle s’est tue. Scandaleusement. 776 plaintes, dont l’essentiel pour délits sexuels. Ces femmes ont vécu un enfer que chacun minimise, comme si leurs tenues, leur désinvolture, la proximité de leurs corps (un bras de distance !) les rendaient quelque part coupables. Le sempiternel soupçon face au viol et aux attouchements.

On les écoute avec gêne. La police allemande a camouflé les faits, brouille aujourd’hui les pistes en ne distinguant pas les plaintes pour viol, pour agression sexuelle, pour agression simple, pour vol. Elle compte, comme la presse, sans penser, hébétée. De fausses photos de victimes circulent sur Internet. La désinformation est totale, et on ne sait si ces agressions qui ont eu lieu simultanément dans plusieurs villes ont été téléguidées, ou spontanées.

Où va-t-on, vers quel chaos, vers quels dénis ? Les agresseurs de Cologne ne sont pas des réfugiés, ce sont des criminels, a déclaré la Chancelière qui ferme les frontières. Les terroristes ne méritent pas d’être Français, déclare Manuel Valls qui établit des degrés de citoyenneté en décrétant qui peut la perdre. Le Front national et Pegida se frottent les mains, et osent de monstrueux amalgames entre réfugiés, musulmans, et sexisme criminel.

Mais pourquoi taire que certains Musulmans ont un rapport aux femmes problématique ? Certes l’Islam n’en est pas responsable, certes ils ne sont pas les seuls, mais nier Cologne est une infamie. Et revient à renoncer à vivre vraiment ensemble, tous, en progressant vers l’autre. À laisser la place à ceux qui attisent la haine et instrumentalisent ces violences, contre lesquelles plusieurs centaines d’habitantes de Cologne ont officiellement porté plainte.

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2016