Retrouver le chemin

Journal Zibeline actualit� culturelle

« Allez au théâtre et au cinéma, vous ne risquez rien ! » C’est même Jean Castex qui le dit. Après des mois de navigation à vue, peut-on enfin voir un signal positif dans l’enveloppe de 432 millions d’euros accordée au spectacle vivant (220 pour le secteur privé, 200 pour le public et 12 pour l’emploi et les artistes auteurs), auxquels s’ajoutent plus de 100 millions pour la compensation des pertes d’exploitation ? À noter que la primeur de l’annonce a été réservée au Premier ministre, depuis la rue de Valois, et non à la ministre de la Culture elle-même. Au total, le chèque gouvernemental versé à l’ensemble du secteur culturel se chiffrerait à 2 milliards sur les 100 du plan de relance. Soit 2%, ce qui n’est pas négligeable. Reste à en connaître plus précisément les fléchages, en souhaitant que les opérateurs indispensables au développement culturel des territoires -si chers à Matignon- ne soient pas lésés face aux incontournables structures nationales, centralisées et parisiennes.

Malgré tout, jamais une saison n’aura été aussi incertaine, fragile, flexible. Rideau baissé depuis la mi-mars, les salles de spectacle vont pouvoir rouvrir leurs portes au public. Certaines partiellement, devant se contenter d’une demi-jauge si la couleur de leur zone d’implantation est rouge. D’autres pas du tout, si la proposition artistique doit s’apprécier debout. Les lieux de diffusion de plein air sont épargnés, s’ils mettent en application les gestes barrière, et c’est tant mieux. Pour tous en revanche, les événements rassemblant plus de 5 000 personnes demeurent interdits, au moins jusqu’à la fin octobre.

Quelle galère ! Quel imbroglio ! Surtout lorsque la cohérence et la justification des décisions ne brillent pas par leur logique. Depuis de nombreux mois, beaucoup s’étonnent de pouvoir s’entasser dans les transports collectifs mais de ne pas être autorisés à se nourrir d’une œuvre. En cette rentrée, ne boudons pas les billetteries. Insouciants les cultureux ? Non, de simples hérauts de l’utopie humaniste dont l’arme de la création peut nous aider à sortir du tunnel. Et retrouver le chemin des possibles comme du sensible. Malgré le brouillard ambiant et quitte à rêver masqué.

LUDOVIC TOMAS
Septembre 2020