Rentrer dans le rang

Journal Zibeline actualit culturelle

La rentrée des classes a toujours eu, pour les élèves, les parents et les enseignants, un petit goût chagrin, mais elle promettait aussi de nouveaux départs, ouvrant de nouveaux horizons. Celle que nous vivons est chargée d’un poids immense, fait de colère, d’impuissance et de renoncement.

L’Éducation Nationale figure en bonne place dans le triste tableau de chasse d’un Gouvernement qui détruit systématiquement les services publics et nous habitue à la violence répressive et à l’accroissement des inégalités sociales. Parcours Sup, avec ses injustices et ses dysfonctionnements, poursuit ses dégâts dans l’enseignement supérieur. Surpeuplées, de plus en plus difficiles d’accès, les facs rejettent vers les établissements privés ceux qui veulent choisir leurs études, et peuvent se le payer.

La réforme des lycées, fomentée sans concertation, appliquée contre la volonté des enseignants, généralise les mêmes principes : sous prétexte de donner le choix au lycéen de son parcours, les séries sont démantelées, le nombre d’options proposées réduit, le bac dévalorisé, le contrôle continu, qui biaise la relation d’enseignement, imposé. Par volonté d’égalité démocratique ? Pas d’inquiétude, l’élite continuera de se former dans les établissements privés, imperméable au peuple qu’elle n’aura même plus à fréquenter sur les bancs des lycées.

Alors, pour calmer une rentrée qui s’annonce mouvementée, Blanquer offre donc 300 € annuels aux enseignants, alors que leurs salaires n’ont pas été revalorisés depuis 9 ans, et qu’ils sont les plus bas d’Europe occidentale. Croit-il vraiment que cela suffira à acheter leur collaboration à la destruction de leur métier ? La réforme des lycées va gonfler les effectifs des classes, alléger les heures d’enseignement, supprimer les options où les lycéens, en petits groupes, reprenaient souffle. Il s’agit de faire des économies dans ce second cycle, pour financer le dédoublement des classes prévu dans le primaire et la scolarité obligatoire en maternelle. Mesures prévues sans recrutement supplémentaire…

Tout comme le recrutement des référents « violence » dans les écoles : les surveillants, dont les postes ont fondu comme neige au soleil caniculaire, savaient maintenir la paix dans les établissements scolaires, havres aujourd’hui bradés et gagnés par la violence du monde.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2019