Rentrée Capitale

Journal Zibeline actualit� culturelle

Marseille est sous le feu des projecteurs. Pour l’année Capitale elle tente de se parer d’atours inusités et partout des murs n’en finissent pas de se construire, autour de trous toujours béants. Mais la nuit, et même le jour, les rats courent sur les trottoirs défoncés, les balles fusent au cœur des cités, des quartiers entiers, désespérés par le chômage et la misère, sombrent dans le trafic, le racket, la violence.

Une vision fantasmée de médias avides de sensations ? Il suffit d’arpenter les rues de Marseille pour y sentir ce mélange inimitable d’iode et d’ordure, de soleil ébloui et de nerfs à vif, de sel qui exsude tout à la fois les larmes et la mer.

L’état de notre capitale régionale alarme les travailleurs sociaux et culturels depuis des années. Depuis des années ils se battent et voient leurs moyens diminuer, la population s’appauvrir, et ceux qui ont un peu d’argent fuir la misère vers une Provence moins tragique. Certes des quartiers préservés attirent aujourd’hui des touristes, mais ils viennent là en pays étranger, amusés par les indigènes qui forcent leur accent, fiers d’une identité disparue. Faut-il investir dans le tourisme ? Dans la police pour rétablir l’ordre ? Dans la scolarisation maternelle pour aider les familles ?

La grande métropole appelée de ses vœux par le gouvernement pourrait rééquilibrer le territoire en travaillant à une autre échelle. Celle de Marseille Provence 2013, qui est à ce titre-là précurseur. Mais il serait absurde que les communes alentour aient à s’appauvrir pour compenser des décennies successives d’incurie politique. C’est de moyens supplémentaires nationaux dont la ville a besoin. Pour sa sécurité sans doute, mais surtout pour le maintien de sa cohésion. Pendant longtemps la relative paix sociale reposait sur des associations, des enseignants et des artistes, qui retroussaient obstinément leurs manches, et que l’on a privés de moyens financiers et humains. Ils attendent à présent un signe clair du gouvernement.

Agnès Freschel

Septembre 2012