Radicalité

Journal Zibeline actualit� culturelle

Sandrine Rousseau ne sera sans doute jamais présidente de la République. Éric Zemmour non plus. Le traitement médiatique réservé à l’une et à l’autre trahit cependant le penchant naturel de la bulle audiovisuelle à enfermer le débat public dans les sous-sols de la pensée. Si l’intention de l’ex-chroniqueur de Cnews, et avant cela de France Télévisions, ne laisse plus vraiment de place au doute, à l’heure où nous écrivons ces lignes il n’est pas candidat. Pas plus qu’il n’a exprimé les moindres éléments programmatiques dignes d’un postulant à la magistrature suprême. Aucun argument rationnel ne valide le fait qu’il soit accrédité comme tel. Pourtant le gotha du journalisme n’a que son nom à la bouche. Celui d’un condamné pour provocation à la haine raciale. Celui d’un polémiste visé à plusieurs reprises par des accusations de harcèlement et de violences sexuelles. Un nom devenu incontournable dans la batterie de sondages qui rythment la pseudo-actualité politique de la cinquième ou sixième -on ne sait plus trop- puissance mondiale. Qu’un résident permanent des plateaux télé éructe ses lubies nauséabondes et infondées sur les femmes, les étrangers, les mineurs non accompagnés, les Français descendants d’immigrés, ne dérangeait pas outre mesure ses hôtes. Qu’il soit à présent accepté comme un acteur politique majeur et légitime ne semble pas choquer davantage les professionnels de l’information et de l’analyse.

Sandrine Rousseau, elle, se portait candidate, au nom d’une formation politique identifiée, pour représenter le courant écologiste dans la course à l’Élysée. L’écoféministe porte des propositions de rupture dont elle assume la radicalité progressiste. Urgence climatique, consolidation des services publics, revenu d’existence, semaine de quatre jours, lutte contre les inégalités et les discriminations… Les points saillants de son discours n’outrepassent en rien le cadre républicain. Bien au contraire : ils en confortent la devise. Contrairement à la pensée zemmourienne qui la piétine au quotidien. Que n’a-t-on pourtant entendu sur la concurrente de Yannick Jadot, dans un concert de mépris misogyne et patriarcal ? Dans la France de 2021, une candidate qui affiche son volontarisme contre les violences faites aux femmes et le racisme s’attire les foudres de « l’élite » médiatico-politique. La même qui spécule sur le destin électoral de celui qui affirme que « les jeunes issus de l’immigration sont tous des voleurs, des assassins et des violeurs » et que « le pouvoir doit rester dans les mains des hommes sinon il s’évapore ». Vous avez dit radicalité ?
LUDOVIC TOMAS
Octobre 2021