Quand ils entendent le mot culture…

Journal Zibeline actualit� culturelle

Sans surprise, le Tribunal administratif de Montpellier a suspendu l’arrêté municipal autorisant la réouverture de quatre musées de la ville de Perpignan. Une décision d’une évidence telle qu’elle ne fait que confirmer, pour ceux qui pouvaient en douter, l’unique motivation de Louis Aliot : s’offrir un deuxième coup de communication, après sa première tentative avortée de rouvrir les commerces non alimentaires quelques mois plus tôt.

Car entre le parti des Le Pen et la culture, le fossé est… culturel. Lorsqu’en 1995, les villes de Marignane, Toulon, Orange et, deux ans plus tard, celle de Vitrolles tombent dans l’escarcelle frontiste, les acteurs culturels en font rapidement les frais. Comment oublier les violentes attaques visant le Sous-marin, café-musique devenu lieu de résistance, avant d’être littéralement muré par l’administration Mégret ? À la bibliothèque d’Orange, des livres sont retirés en fonction des orientations politiques de leurs auteurs pour être remplacés par des publications de leur obédience. De nos jours encore, dans le grand Sud, de Fréjus à Perpignan en passant par Béziers, les politiques culturelles des municipalités d’extrême droite ont le même goût rance et ethnocentré. Plus généralement, dans toutes les assemblées où siègent ces nostalgiques de l’OAS devenus admirateurs de Trump, les élus RN fustigent le monde associatif qui œuvre au vivre-ensemble via l’accès à l’art et à la culture. Et votent, le bras tendu, contre les subventions. Comme les mêmes se sont opposés à la dénomination de l’avenue Ibrahim Ali, à Marseille. Au Rassemblement national, on crache sur les bénévoles et les médiateurs comme on crache sur le rap et l’art contemporain.

Il est d’ailleurs intéressant de se pencher sur les établissements que le maire de Perpignan avait choisi de rouvrir. Ou plutôt sur celui qu’il avait souhaité maintenir fermé. À la différence des très académiques et traditionnels musée d’art, musée des monnaies et médailles, muséum d’histoire naturelle et Casa Pairal, le Centre d’art contemporain Walter Benjamin n’a pas suscité chez Louis Aliot le même empressement. Peut-être parce qu’il porte le nom d’un philosophe et historien de l’art allemand qui a fui le régime nazi. Ou plus vraisemblablement parce que les nationalistes et néo-conservateurs ont l’art contemporain en horreur. Un genre dont Marion Maréchal avait, en 2015, assimilé le public à « dix bobos [qui] font semblant de s’émerveiller devant deux points rouges sur une toile ». Quand, la même année, le sénateur Ravier lançait une campagne de haine contre une exposition organisée par Le Dernier Cri, éditeur underground marseillais installé à la Friche la Belle de mai.

Sur la culture comme sur le reste, le Rassemblement national n’a pas changé de matrice. Il reste l’héritier de ceux qui, au siècle dernier, brûlaient les livres.

LUDOVIC TOMAS
Février 2021