Pour un Regain démocratique

Journal Zibeline actualit� culturelle

L’installation successive, à la tête des grandes démocraties, d’autocrates populistes réactionnaires choisis et régulièrement élus par leur peuple a de quoi plonger dans la sidération. Trump, Bolsonaro, Johnson après Modi, Erdogan, Netanyahou ou Poutine, mais qu’arrive-t-il à ces peuples qui se sont battus pour la démocratie ? Pourquoi élisent-ils démocratiquement des dirigeants profondément antidémocrates ?

C’est que les propos et les actes de ces élus d’extrême-droite reposent sur une idée dévoyée du peuple : ce paradoxe politique est, profondément, culturel. Ces chefs d’État confondent l’ensemble du peuple qu’il doivent gouverner, le démos de démocratie, avec l’idée de nation fondée sur des valeurs et une histoire communes, soit l’ethnos. Donc ils attaquent les Kurdes, colonisent les Palestiniens, les Tchéchènes, fustigent les musulmans indiens, les homosexuels russes, détruisent les Amazoniens, niant l’universalité humaine pour construire des pseudo nationalismes d’opérette. Chrétiens, musulmans, juifs ou hindous, peu importe : God Save the Queen pour quelques temps encore, God Bless America et ses embargos économiques meurtriers.

Ici on pense

Les Rencontres d’Averroès vont explorer ce phénomène de Fin(s) de la démocratie sur nos rives méditerranéennes. Année après année le débat a lieu, rassemble, preuve paradoxale que la démocratie n’est pas finie… malgré le retrait total de financement du conseil départemental, qui préfère la Provence qui gagne à la Méditerranée qui pense.

Autre paradoxe, leurs lueurs d’espoir : le peuple algérien fait sa révolution et ne lâche rien, les jeunes Soudanais s’éveillent, Matteo Salvini est en difficulté… Regains, nouveaux modèles démocratiques ? Les élections municipales semblent, pour ce qui est de la gauche marseillaise, explorer de nouvelles pistes. Où l’alliance n’est pas vécue comme une compromission, où la mise en commun des idées précède les programmes, où l’incarnation du leader, la représentation, devient secondaire, parce que la participation est placée au cœur.

Née d’un traumatisme profond et d’un délaissement notoire, cette façon inédite de faire de la politique attire l’attention vers la ville où l’hymne républicain est né. Une victoire, possible, pourrait faire renaître l’espoir démocratique, c’est-à-dire l’idée d’un gouvernement qui se soucie de tous. Pas seulement de ceux qui ont les bonnes mœurs et la bonne couleur, l’ethnie majoritaire, pas seulement ceux qui gagnent et qui savent, l’élite : l’ensemble du peuple et de ses intérêts, y compris écologiques.

La Provence qui aime

Le regain, c’est l’herbe qui repousse quand un champ est fauché, c’est un inattendu. C’est un chef-d’œuvre de Giono, exposé au Mucem, ancré dans une Provence qui n’est pas celle « qui gagne », mais celle qui aime, prend le temps, accueille une femme perdue, négocie, s’entraide, écoute les arbres. Et, au printemps, donne la vie.

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2019