Plan Pauvreté

Journal Zibeline actualit culturelle

Voilà que nous nous sommes habitués à croiser chaque jour des dizaines de misérables qui, toujours plus nombreux, tendent la main pour se nourrir. Une, particulièrement, m’émeut. Elle est revêche, digne, le regard dur. Elle n’apparaît à mon coin de rue qu’à la fin du mois, et en disparaît le 5. Ce n’est pas une SDF, une illuminée, une réfugiée, une vagabonde. Et quand on lui dit vraiment bonjour, elle raconte. Qu’une fois son loyer et ses factures payés il lui reste 4€ par jour pour manger, se soigner et s’habiller. Qu’elle n’y parvient pas. Alors elle tend la main 10 jours par mois jusqu’à ce que le RSA tombe, et supporte les regards qui fuient et les pas qui s’écartent.

Il ne faut pas lutter contre les pauvres, mais contre la pauvreté. Qui explose, en même temps que l’effarante évasion fiscale. Les économies faites sur les APL, les retraites, le gel des minimas sociaux, sont indignes. Le Plan Pauvreté veut rationaliser un système d’aides sociales sans en augmenter la portée, alors que la politique économique du gouvernement exacerbe l’inégalité, précarise le travail et exonère les riches. Ce plan repose sur le principe absurde d’une surveillance des pauvres. Les 6,5 millions de Français privés d’emploi sont victimes du système économique, et non de leurs défaillances ou de leur paresse.

AGNÈS FRESCHEL
Septembre 2018