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Journal Zibeline actualit� culturelle

Après le temps de la sidération et de l’unité nationale, l’heure est venue de se demander comment cette haine est possible, aujourd’hui, en France. La constitution l’affirme dans son premier article : La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Si la laïcité est largement interrogée, qu’en est-il des autres principes de notre République ?

Indivisible, mais inégalitaire de fait dans le traitement de ses territoires. Les dotations d’État aux collectivités s’amenuisent, accentuant l’écart entre Paris et Régions, imposant une réforme territoriale qui remet en cause la décentralisation, complexifie les compétences, et fragilise grandement la culture. Qu’en sera-t-il demain, lorsque les budgets seront si faibles que les collectivités ne pourront plus subventionner les arts et la pensée ? L’État se doit de garantir «une application uniforme du droit sur l’ensemble du territoire national». Qu’en est-il du droit à la culture ?

Il est pourtant urgent de penser notre société, de la rêver, de la partager. Depuis des années, enseignants et travailleurs sociaux nous alertent : l’abandon où sont laissés des quartiers entiers de nos villes favorise la montée de pensées rancies, de préjugés raciaux, de divisions. Sociale, notre république l’est-elle encore, quand elle a appauvri ses écoles, fermé ses centres sociaux, favorisé les ghettos, surpeuplé ses prisons et délaissé ses enfants, en proie aux extrémistes venus en faire de la chair abrutie à martyr sanguinaire ? République sociale ? Est-il normal qu’aujourd’hui, en plein hiver, EDF coupe l’électricité des familles surendettées ? Où est-elle, cette République qui se doit de «favoriser l’amélioration de la condition des plus démunis» ?

Où est-elle encore, cette République démocratique qui n’a pas su entendre le Non des Français au traité Européen, et l’a bafoué ? Qui présente son budget à l’approbation d’une Europe à l’austérité contre-productive ? Quels sommets l’abstention devra-t-elle atteindre avant que les partis politiques républicains remettent en cause la pensée économique commune ? Aurons-nous réellement le choix, aux élections départementales qui approchent, puis aux régionales qui se dessinent, sans Michel Vauzelle mais avec Jean-Marie Le Pen ? Serons-nous encore amenés à voter par défaut, ou à rester chez nous ?

Le sentiment que l’État maltraite ses citoyens, en province, en banlieue, n’aide pas à maintenir vivante l’idée de la République…

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2015