Nous nous sommes tant manqués

Journal Zibeline actualit� culturelle

L’été culturel semblait, il y quelques semaines encore, voué à la léthargie. Face à la gestion chaotique de la pandémie par le Gouvernement, dont les déclarations incohérentes ont succédé aux annonces contradictoires, les opérateurs ont annulé les manifestations à la chaîne. De la visioconférence élyséenne aux allures de numéro de Cour au discours du Premier ministre autorisant l’ouverture des théâtres… tout là-haut semblait dénoter une incompréhension profonde de la culture, et des festivals qui rythment, habituellement, nos étés.

Or, si la crise sanitaire aux prolongements économiques et sociaux reste aujourd’hui encore porteuse de précarité, d’incertitudes et de remises en question, le monde des arts comme celui des idées n’a jamais cessé d’être actif, inventif, subversif. Et le confinement créatif d’accoucher d’initiatives de toutes parts.

Grâce à l’assouplissement des consignes sanitaires, des festivals, des lieux, des événements ont voulu renaître, sous d’autres formes parfois. Leurs programmations sont inévitablement moins internationales mais ne perdent rien de leur intérêt. Les artistes ont répondu présent, avec enthousiasme et l’envie de tirer un trait sur cette période anxiogène, pourtant révélatrice d’espoirs en un monde d’après qui ne soit pas celui de la surconsommation, de la régression sociale et écologique, de la rentabilité sans foi ni loi.

Des expositions, des concerts, de la danse, du théâtre, des arts de la rue, des projections, des lectures, des moments de convivialité nous rappellent ainsi à notre droit à l’épanouissement autant qu’à notre devoir de solidarité. Les résultats des élections municipales, avec ou sans victoire des progressistes à la clef et bien qu’entachés d’une abstention problématique, ont conforté les aspirations au mieux vivre, particulièrement dans nos grands centres urbains.

Alors, avec la prudence de mise, sortons engagés, rions lucides, applaudissons conscients, mangeons et buvons éthiques. Et surtout, pensons à ces mois passés, à ceux à venir avec l’inébranlable volonté de vivre et de (dé)construire ensemble nos rêves, nos démons. Parce que nous nous sommes tant manqués.

LUDOVIC TOMAS
Juillet 2020