Notre présent

Journal Zibeline actualit� culturelle

2013 a été mené au pas de course. D’expositions en feux d’artifices, d’inaugurations en nominations, et en départs, l’année capitale a métamorphosé le paysage culturel, sans qu’on puisse vraiment y penser, ralentir, réfléchir. Dans les médias la course se poursuit, l’info succède au scoop, les cataclysmes s’annoncent et passent, et l’on oublie ce qui se passe là-bas, en Syrie, où l’homme est né, et dans les tremblements, les vagues de la terre. D’anecdotes en élections, de Depardieu qui embrasse Poutine à Mandela qui rejoint le camp des ombres juste avant les courses de Noël et la ruée des soldes, l’info arrive et passe, nous laissant inchangés, informés comme par un courant léger et continu qui ne nous emmène plus. Le visage du monde se bouleverse, et nous le regardons conscients de tout, maîtres de rien. Nous recevons et transmettons le flux, impuissants à l’arrêter, à nous construire. Déconcernés et avertis pourtant que nos sociétés s’endurcissent, installant la pauvreté, reléguant toujours plus loin les utopies d’égalité, et nous transformant en consommateurs pressés, angoissés, amoindris.

Nous ne nous tenons jamais au temps présent, écrivait Pascal en une époque où tout était tangible, hors l’espace de Dieu, mais où ce seul ailleurs provoquait en lui le vertige. Qu’écrirait-il aujourd’hui quand dans la rue nous marchons sans nous voir, parlant tout haut à des absents, pris dans la toile électronique, oubliant, aussitôt qu’appris, les événements d’un monde épris d’instabilité ? Si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient.

Zibeline vous souhaite, en 2014, de goûter aux délices de la lenteur, à la joie d’être présent, à ce qui seul nous appartient.

AGNÈS FRESCHEL
Janvier 2014