Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub Journal Zibeline - bannière pub

Monsieur Rebsamen, ne signez pas !

Journal Zibeline actualit culturelle

Zibeline n’a jamais préparé son supplément festival avec autant de tristesse, et de colère. Aurons-nous un été sans spectacle ? Et, au-delà, des saisons privées de tout élan créatif à cause des attaques constantes contre ceux qui nous font rêver, penser, et vivre ? La diminution des subventions, la casse irraisonnée de la production artistique, l’abandon des intermittents sans lesquels le secteur culturel ne peut pas vivre, s’ajoutent aujourd’hui à des années de disette, de mépris envers ceux qui créent, d’inconséquence dans le non-traitement du statut des artistes plasticiens et des auteurs dramatiques, d’abandon de tous les circuits de fabrique du cinéma d’auteur. À cela viennent se mêler d’insupportables intrusions dans les programmations artistiques de la part des politiques : ainsi, à Aubagne, les œuvres sensibles de Marie Morel et les machines de Demin sont déclarées indésirables par la nouvelle municipalité, qui censure l’exposition d’Art singulier.

L’appréciation du degré de «pornographie» et du bien fondé d’exposer une œuvre n’appartient pas aux politiques ; de même l’appréciation du mode de travail des artistes et techniciens n’appartient pas au Medef, et dépasse visiblement l’entendement de FO ou de la CFDT. Qui ne s’occupent que des travailleurs, jamais des chômeurs et des précaires. La coordination des intermittents travaille sur la réforme nécessaire de leur statut depuis 10 ans ; personne ne l’écoute, et le Gouvernement, aveugle, alors même que ce statut des intermittents pourrait constituer un modèle pour traiter socialement des nouvelles formes de travail, s’apprête à signer un texte qui va mettre fin à la vie artistique française.

Le déficit de l’Unedic n’est pas dû aux intermittents, mais au chômage. Qui est conséquent de la casse systématique du travail par le néolibéralisme et la financiarisation de l’économie. Tuer le secteur culturel, qui représente 3.2% du PIB français et permet à la France d’être le premier pays touristique du monde, ne serait pas seulement injuste pour les artistes et catastrophique pour les publics. Ce serait aussi une énorme bêtise.

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2014