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Miss France n’est pas de la culture populaire

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Le Conseil municipal de Marseille vient d’allouer 150 000 € à l’accueil du concours de Miss France dans la ville. Un socle, susceptible d’être largement augmenté : l’accueil du dernier concours a coûté 500 000 €. Au-delà de l’indécence d’une telle dépense dans une ville traumatisée, où les expulsés pour cause d’habitat indigne ne sont pas relogés, au-delà de l’illusion que l’organisation d’un tel concours va participer, comme le déclare Jean-Claude Gaudin, au « rayonnement de la ville », c’est l’idée même de la culture populaire qui est gravement dévoyée.

Samia Ghali (PS) souligne que « Les Français aiment Miss France » tout en regrettant que les associations féministes de Marseille ne reçoivent que 46 000 € de subventions. Propos repris par Yves Moraine (LR) qui reconnaît qu’« on peut aimer Miss France ou pas » mais qu’on ne dit pas non à un direct de TF1 suivi par 9 millions de Français.

Mais faut-il donner de l’argent public à un prime time sur une chaîne privée juste pour redorer une image médiatique ? Est-ce au nom du goût commun qu’il faut attribuer l’argent public, ou au titre de l’intérêt général ? La culture vue à la télé, promue par TF1, n’est généralement pas celle qui sert au partage de l’art et à l’éclosion de pensées nouvelles !

Est-il utile de démontrer qu’exposer des femmes en bikini participe au maintien des préjugés de genre ? La prétendue beauté de ces jeunes femmes est fabriquée à coup de tout ce que des siècles de domination ont érigé en critères esthétiques : chaussures malaisées, cheveux longs défrisés, lèvres repulpées, poils arrachés et cils rallongés de colle noire. Et, surtout, camouflage coûteux des marques que les ans, la vie et ses joies, impriment sur nos corps et nos visages…

Le goût commun se fabrique à force de messages répétés. Les Français aiment Miss France ? Peut-être. Ils aiment aussi le sexe monnayé, les blagues racistes et homophobes et le spectacle de la violence. L’argent public devrait servir à les détourner des préjugés qui les oppriment, et non à conforter leur prétendue culture populaire.

AGNÈS FRESCHEL
Juin 2019