Mépris du peuple

Journal Zibeline actualit� culturelle

Les samedis des Gilets Jaunes et les manifestations massives du 5 décembre ont fait entendre le mécontentement profond des salariés, des lycéens, des enseignants, des personnels de santé, de tous les laissés-pour-compte qui se révoltent contre des réformes dont ils ne veulent pas. Contre une casse sociale inédite, mise en place par un gouvernement élu par le peuple dans un paysage dévasté par les échecs successifs de la droite et de la gauche. Un échec cuisant à préserver, dans un pays riche et prospère, le minimum vital pour la majorité laborieuse de sa population. Les injustices sociales sont criantes, les riches de plus en plus riches, et les pauvres de plus en plus nombreux et à bout. Le remède proposé par En Marche ? Plus d’injustice encore, et la fin de la retraite par répartition, cette exception française qui a permis de construire un modèle social que tous nous enviaient.

Face au mécontentement grandissant et à la juste revendication, l’usage irraisonné, répété, systématique de la force s’assortit d’un discours méprisant, irresponsable, dressant les pauvres contre des prétendus privilèges acquis après des années d’un travail pénible par la lutte sociale et la négociation syndicale.

Aujourd’hui en France on vit plus longtemps, mais dans un état de santé qui se dégrade, dans un environnement détruit par les industries lourdes, avec des jeunes qui entrent dans l’emploi beaucoup plus tard qu’avant. L’âge de la retraite, souvent prospère autrefois, est devenu celui de la perte de son niveau de vie, de l’impossibilité d’aider ses parents et ses enfants. Avant de l’atteindre, la moitié des personnes de plus de 60 ans sont au chômage. À l’autre bout, la précarité des jeunes est devenu la règle commune. Chacun s’accroche à son emploi, terrifié de demander une augmentation, familier des fins de mois difficiles. La baisse des impôts directs, des cotisations sociales, présentée comme un cadeau par le gouvernement, aboutit au démantèlement de la protection de tous, à l’appauvrissement de l’État, à la misère des services publics, à la mise en danger de l’hôpital, de l’éducation et de la culture.

Car le ministère de la Culture, en perte de moyens et de pensée, brade ses missions régaliennes, offre le service public aux intérêt privés, remet en cause l’inaliénabilité des œuvres. L’absence de vision, d’utopie, rend impossible le lancement nécessaire des grands chantiers d’éducation populaire de culture partagée ; ils invalident toute politique ambitieuse de création, de mise en valeur du patrimoine commun, de soutien à la presse plurielle. Le Ministère est en panne, l’État à l’arrêt, sinon pour détruire encore ce qu’il prétend réformer.

La reconquête sociale et culturelle passera par la lutte. Par les urnes, aussi, si les partis parviennent à sortir de leur sidération, et à ne pas laisser le champ libre aux seuls Marcheurs du recul, face au spectre de l’extrême droite.

AGNÈS FRESCHEL
Décembre 2019