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Mais pour qui avons-nous voté ?

Journal Zibeline actualit culturelle

L’apprenti sorcier qui nous gouverne a fini le travail commencé par ses prédécesseurs, qui consiste à trahir le peuple puis à l’appeler à voter pour lui contre Le Pen. Depuis 2002 les campagnes électorales des prétendants au trône, suprême ou de province, s’acharnent à agiter éternellement l’épouvantail nationaliste. À crier « je suis le seul rempart contre l’extrême-droite ! ».

Résultat elle monte, inexorablement. Le parti de la famille Le Pen est aujourd’hui le premier de France. La maltraitance du peuple par ceux qui, successivement, l’ont gouverné, conduit massivement vers le seul vote qui est présenté, par les médias et par le Président lui-même, comme une alternative au discours dominant et à la pensée unique.

Car la Droite française est en miettes. Et ce n’est pas une bonne nouvelle. Le Rassemblement National peut demain rafler les grandes villes de la région. Les électeurs ont-ils oublié le chaos à Toulon, à Vitrolles, l’agonie lente d’Orange, l’ambiance délétère de Béziers ? Localement, nous avons déjà essayé. Mais quelle alternative ?

Car la Gauche est atomisée. Le vote par défaut est devenu la règle, plus personne ne croit aux lendemains qui chantent. Pas une liste parmi les 34 pour emporter l’adhésion, véritable, des électeurs. Plus de 20% des votants ne seront pas représentés, les électeurs RN ont voté contre Macron, les électeurs LREM contre Le Pen, et les votants d’EELV sont contre l’écologie de marché de leur leader….

Quant à l’Europe… La France, notre pays des Lumières et des ombres, de la Révolution et de la colonisation, de la Liberté et du trafic d’esclaves, est le pays de l’Union qui, proportionnellement, envoie le plus de députés d’extrême-droite au Parlement européen. LE pays qui a fait entrer cette extrême-droite dans la démocratie européenne, qui lui a permis de former un groupe. Une extrême-droite européenne divisée, prônant le chacun chez soi à l’Ouest mais la circulation de ses travailleurs à l’Est, poutinophile ici poutinophobe ailleurs, ouvertement raciste et homophobe à l’Est, laïque et courtisant les LGB (voire T) à l’Ouest, très libérale dans certains pays, à tendance (national) socialiste dans d’autres. Pour quelle extrême-droite européenne les électeurs de Le Pen ont-ils voté ?

L’équilibre des forces au parlement européen n’a pas fondamentalement changé mais les deux groupes, socialistes et républicains, qui ont toujours gouverné ensemble, n’ont plus la majorité et devront chercher d’autres alliances. Ici, dans quelques mois, c’est à un double danger que nous devrons échapper : celui de la victoire dans nos villes du Rassemblement National, et celui d’une paralysie de nos idées face à ce danger.

Il nous faut retrouver nos forces, et le projet enthousiasmant, politique, commun, écologique, d’une société nouvelle.

AGNÈS FRESCHEL
Mai 2019