L’œil du cyclone politique

Journal Zibeline actualit� culturelle

Tandis qu’En Marche massacre la Sécurité sociale, allégeant notablement les cotisations des entreprises sans compenser les baisses (au nom de quelle économie cesserait-on de soigner les pauvres quand les riches s’enrichissent ?)…

Tandis que le président veut officialiser l’immigration choisie, durcir le droit d’asile et le regroupement familial, désespérer les déboutés (au nom de quel privilège les pays enrichis par leur colonialisme empêcheraient-ils les hommes de vivre où ils veulent ?)…

Tandis que Macron privatise, stigmatise, ironise et que, élu aussi par les voix de gauche, il mène la politique la plus libérale que la France a jamais menée (au nom de quels électeurs décide-t-il de brader le bien public au mépris de l’intérêt général ?)

Tandis que nous courons vers une catastrophe, climatique, sociale et politique…

… les élections municipales se profilent, dans un paysage inédit, qui va bouleverser les équilibres, y compris au Sénat et dans les Métropoles, élus au suffrage indirect par les maires.

Les Républicains, à la tête de la plupart des petites et grandes municipalités raflées pour une part lors des dernières municipales, savent qu’ils vont en perdre l’essentiel. Mais au profit de qui ? D’En Marche, que les Français ont élu par défaut alors qu’ils sont proches de leurs maires, et que les élections municipales sont traditionnellement un vote d’adhésion ?

Le Rassemblement national sait qu’il ne doit pas mener campagne : sa gestion des municipalités qu’il détient dans la région, Béziers, Beaucaire, Fréjus, Cogolin, Le Pontet, un secteur de Marseille… est notoirement problématique, avec son cortège de démissions d’élus, de baisses de subventions, de provocations islamophobes. Solution ? en remettre une couche sur la peur de l’arabe, le voile, pour diviser la gauche et transformer les luttes sociales en conflit raciste… seul moyen de rallier encore des voix parmi le peuple malmené. Les riches votant désormais Macron, ce sont les pauvres qu’il faut rameuter, en bloquant l’élan renaissant de gauche.

Car la vraie surprise de cette précampagne, c’est la capacité de la gauche à relever, un peu, la tête. Forte de plusieurs atouts : les villes communistes sont notablement bien gérées, les socialistes qui restent sont généralement appréciés, la préoccupation écologiste est devenue vitale et les Insoumis ont cessé de confondre alliance avec tambouille. Participative, évolutive, écologique, citoyenne, égalitaire… une nouvelle gauche est en train de naître, résolument antilibérale. Et constitutivement plurielle.

De ce fait elle reste fragile, sensible aux coups qui la divisent : la question du voile, au nom d’un féminisme laïque de principe qui ne voit pas qu’on le manipule ; la question de l’écologie, compatible ou non avec l’économie de marché ; la question de l’industrie, compatible ou non avec l’écologie ; la question, minable, des ambitions personnelles, qui cassent ici ou là les élans collectifs ; le spectre du pessimisme, qui dit qu’il est trop tôt, qu’il faudra attendre les suivantes…

Or il est temps, dès à présent, d’en finir avec le rapt politique que nous subissons. En Marche impose un libéralisme mortifère pour les plus faibles, sous prétexte d’être le seul rempart solide à l’extrême droite. Si la Gauche ne s’impose pas comme une alternative, et si les classes moyennes et populaires continuent d’être niées et maltraitées par l’oligarchie en place, vers qui le peuple pourra-t-il se tourner ? Le fascisme gagne dans les têtes, les propos, les décisions, il ne doit pas gagner dans les urnes.

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2019