Les scènes en berne

Journal Zibeline actualit� culturelle

L’enquête sur Les Français et les sorties culturelles post-crise* laisse craindre un monde d’après peu réjouissant pour le milieu des arts de la culture. Malgré la levée progressive des contraintes et restrictions, le public reste distant et inquiet. Début septembre, 55% des Français s’étaient rendus dans un lieu culturel depuis l’instauration du pass sanitaire, cinéma en tête. Une donnée relativement encourageante surtout quand elle s’élève à 61% pour celles et ceux qui avaient une pratique culturelle régulière avant la pandémie. Reste que près de 40% du public a préféré d’autres occupations. Une saignée pour les structures dont la billetterie est une source essentielle de financement. Car le secteur le plus touché est celui des festivals (71% des habitués n’y sont pas retournés). Seul un tiers des spectateurs a renoué (au moins une fois) avec les arts de la scène cet été. Parmi ceux-là, 25% ont assisté à une pièce de théâtre, 27% à un concert, 31% à un spectacle de danse. Des statistiques dans lesquelles les hommes, les jeunes et les habitants d’Île-de-France sont surreprésentés. Globalement, ce ne sont que 4 Français sur 10 qui affirment avoir repris leurs habitudes de sortie dès la réouverture des lieux culturels. Et contrairement aux idées reçues, le pass sanitaire n’est pas, et de loin, la cause de ce refroidissement (25%). La raison principale restant la crainte d’une contamination/transmission (54%). Si l’essor des propositions numériques n’a pas converti une majorité, il a eu des conséquences pour 46% des personnes interrogées. Pour le trimestre courant de la rentrée aux fêtes de fin d’année, la perspective d’une moindre fréquentation des lieux concernait environ un tiers du public et jusqu’à 42% pour les festivals. Là encore, le spectacle vivant dans son ensemble est impacté de manière plus importante. Plus grave, la crise sanitaire pourrait avoir des effets durables sur la relative désertion des événements culturels. Parmi les motifs, l’absence de distanciation sociale (30%), l’accès à des contenus en ligne (26%) et des difficultés financières forment le trio de tête. À l’aune d’un possible rebond épidémique, on ne peut que souhaiter une contagion massive au virus de la culture.

LUDOVIC TOMAS
Novembre 2021

*Enquête réalisée en ligne et avec la méthode des quotas par Harris interactive pour le ministère de la Culture, du 31 août au 3 septembre, sur un échantillon de 3025 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus.