La pompe à honte

Journal Zibeline actualit culturelle

Jean-Claude Gaudin vient de faire une déclaration passée inaperçue mais lourde de préjugés que l’on espère inconscients. Emmanuel Macron, qui envoie sa police retirer les couvertures des réfugiés parisiens, veut faire de Marseille un port d’accueil pour les rescapés des naufrages. L’édile de la seconde ville de France a donc des raisons d’épingler cette hypocrisie, et le délaissement du Sud par un pays qui refuse d’être méditerranéen. Cela rappelle évidemment l’attitude d’une Europe qui a abandonné à l’Italie son devoir d’assistance, sans prévoir la répartition des « migrants » qui débarquaient sur ses côtes.

Mais fallait-il, à ce propos, parler de « pompe aspirante », outil utilisé pour déboucher les canalisations, généralement à merde ? Et faire le parallèle avec le « centre d’accueil des familles de retour du Jihad » implanté à Marseille, établissant une analogie honteuse entre les djihadistes et ceux qui les fuient ? Quel est le point commun des réfugiés africains avec les djihadistes souvent français sinon, parfois, leur couleur de peau ?

Jouer avec la peur : Martine Vassal est plus directe encore, accusant l’État de vouloir, en faisant de Marseille un port d’accueil, faire élire le Rassemblement National à la Mairie. Il faudrait donc, pour se garder de l’extrême droite, reproduire, au-delà de son discours, ses actes  ? Laisser périr en mer ceux qui fuient les exactions et le chaos libyens, auxquels l’État Français, en particulier Les Républicains de Sarkozy, ne sont pas tout à fait étrangers ? Les morts se comptent aujourd’hui sans doute par centaines de milliers, comment peut-on envisager de laisser ainsi l’Afrique se noyer ?

Il fut un temps où la France collaborationniste refusa d’accueillir les Juifs étrangers et les livra avec zèle à Hitler, sous prétexte de protéger ses citoyens et de rester un État non annexé. Dans ces années-là des Français choisirent de résister, de désobéir à la loi scélérate de Vichy, de cacher les Juifs et de prendre, lorsqu’il le fallait, les armes.

Faudra-t-il en arriver là pour sauver nos frères humains noyés à nos portes sous prétexte de ne pas faire élire l’extrême-droite ? Quand le peuple de gauche se lèvera-t-il, uni et fier de ses valeurs humaines, pour s’affirmer comme la seule opposition aux remugles fascistes, et la seule force d’avenir ?

AGNÈS FRESCHEL
Octobre 2019