La parlotte et le LBD

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Que l’on soit militant des libertés ou des solidarités, de la justice ou de l’égalité, Gilet jaune ou rouge de conviction, infirmier ou enseignante, réfugiée ou producteur de musique, nous sommes la cible des violences policières. De celles qui nous parviennent par les images et de toutes les autres qui ne sont et ne seront pas filmées, médiatisées. Si des sanctions hiérarchiques finissent parfois par tomber, c’est parce que ces « affaires » deviennent publiques et choquent l’opinion. Dans les autres cas, elles sont étouffées, balayées. Circulez, y’a rien à voir ! État policier, autoritaire, répressif, anti-démocratique ? À ce stade, le choix des mots n’a plus beaucoup d’importance. Leur police -il devient difficile de dire « notre »- est gangrenée. Ces actes constituent un point de rupture majeur avec une république devenue sa propre parodie. Car la violence et le racisme ne sont pas des fléaux isolés mais structurels. Emmanuel Macron et Gérald Darmanin n’ont eu d’autres choix, à leur manière, que de l’admettre. Pour rien, si ces déclarations ne sont pas suivies d’actes forts. En se limitant à une stratégie de communication, l’Élysée et la place Beauvau laissent la parole haineuse se libérer. Enfermés dans le déni, plusieurs syndicats de policiers ouvrent les vannes, tenant des propos abjects qui font applaudir l’extrême-droite. Pire, Hors Service, association de policiers qui a pignon sur rue, appelle sur les réseaux sociaux à ouvrir le feu sur les manifestants. La dégradation continue des conditions de travail et une pression de plus en plus dure au nom de la politique du chiffre, aussi réelles qu’elles soient, ne peuvent justifier l’inadmissible dans un État de droit.

La loi Sécurité globale doit être retirée

Usage des drones, des caméras piétons et de la reconnaissance faciale banalisé, pouvoir de contrôle et de fouille par les polices municipales, processus de privatisation des missions de sûreté, la loi Sécurité globale inscrit la surveillance généralisée de tous en norme. Rien de mieux pour aggraver la défiance et les tensions. De la Commission nationale consultative des droits de l’homme jusqu’aux Nations-Unies, plusieurs instances s’inquiètent et alertent sur les atteintes de la France à de nombreux droits fondamentaux à travers cet énième texte d’amplification de la logique sécuritaire qui n’apporte aucune réponse. Avec ou sans son article 24.

En institutionnalisant l’impunité, la nouvelle loi empêchera simplement de poser les questions. Elle doit être retirée. Tant que les dérives policières ne seront pas perçues collectivement pour ce qu’elles sont, un phénomène systémique, rien ne pourra changer en profondeur. La mobilisation populaire relayée par la représentation nationale doit imposer cette reconnaissance par l’État pour que s’ouvre enfin l’indispensable chantier d’une refondation complète des missions des polices et gendarmerie et de leur fonctionnement. À cette visée doivent être associés les citoyens qui ont un rôle à jouer dans le contrôle démocratique d’une police extirpée de ses démons. Une politique progressiste et respectueuse de sécurité est possible. On connaissait celle de la carotte et du bâton. En Macronie s’applique désormais celle de la parlotte et du LBD.

LUDOVIC TOMAS
Décembre 2020