La capitale, la province et la guerre

Journal Zibeline actualit� culturelle

Voilà que la presse nationale s’intéresse à la culture à Marseille. Télérama y fait ses États Généreux, Le Monde publie un article sur nos théâtres, l’Express enchaîne… Intérêt soudain pour la Province ? On le souhaite : les journalistes culture nationaux ont du mal à sortir de la capitale. Il faut dire que les journaux sont pauvres, et comptent leurs frais de déplacement, et les piges de leurs correspondants. Se pencher sur la vie culturelle provinciale nécessiterait pourtant un regard moins surplombant…

Quand sera-t-il question de l’inégalité des financements entre Paris et les Régions ? Ce déséquilibre, aux conséquences si importantes pour la vie culturelle, n’est jamais commenté par les spécialistes, les observateurs, le ministère. L’article du Monde ne parle pas un instant des financements, et presque pas de théâtre : il donne une impression globale et subjective, parle du cou de Macha Makeïeff, rapporte des on-dit quant à ses mises en scène, qu’il n’a visiblement pas vues. Mais il n’aborde jamais la question des moyens de production, et de diffusion.

Pourtant les journaux nationaux savent ce que signifie la contrainte économique, et espèrent trouver en province des lecteurs potentiels, et des annonceurs culturels. Des marchés. Les provinciaux intéressent lorsqu’ils payent : l’État finance mal la décentralisation culturelle et a baissé les dotations aux collectivités locales, mais il collecte égalitairement des impôts qui profitent inégalitairement à Paris. Voit-il le désarroi qui s’empare des régions pauvres de France ? Centrés sur leur champ de vision immédiat, les médias et ceux qui nous gouvernent ne comprennent pas davantage ce qui se passe au sud de notre mer. Savent-ils que la COP22 a lieu cette année à Marrakech ? Et que le dérèglement climatique reste tout aussi crucial qu’il y a un an, lorsque tant de moyens ont été mobilisés pour recevoir le monde à Paris ?

Quant à la souffrance humaine… Plus de 500 000 personnes sont mortes en Syrie, mais ils comptent et répartissent quelques centaines de réfugiés et de migrants, obsédés par des considérations de politique intérieure. Qu’en est-il de l’égalité que proclame notre devise républicaine ? Qu’en est-il de notre humanité commune ?

AGNÈS FRESCHEL
Novembre 2016