La calomnie se dresse, siffle et s’enfle

Journal Zibeline actualit� culturelle

Oh la belle arnaque ! Les Français en colère, dupés par un gouvernement et un président qui vont à l’encontre de leurs promesses de campagne et construisent une société profondément inégalitaire et injuste ont droit, pour réponse médiatique, à Questions pour un champion. Le rétablissement de l’ISF ? Évacué. La justice fiscale ? Évacuée. Les villes de province ? Méprisées. Les services publics, les transports publics, l’école publique, la santé publique ? Seule leur économie, en termes de restriction des dépenses, est envisagée.

Quant à l’art et à la pensée, pas une ligne, pas un mot, sinon dans cette idée si perverse que la recherche, l’éducation, la culture ont un coût qu’il faut maîtriser, c’est-à-dire revoir à la baisse. Emmanuel Macron, si absent au début du mouvement des Gilets Jaunes, si taiseux sur l’affaire Benalla qui n’en finit pas d’être un scandale d’État, veut reprendre la main et simule une volonté de dialogue où il ne fait que discourir et occupe les médias serviles.

Cela marche-t-il ? La question identitaire avait disparu au profit de la question sociale, et d’une réunion des classes moyennes et populaires autour de leur intérêt commun. Elle réapparaît avec force et amalgames, dans des actes antisémites par nature odieux, à l’exploitation médiatique nauséabonde.

Depuis Machiavel on sait que le politique doit tendre des pièges au réel pour parvenir à ses fins. Ne pas inventer les quenelles, les insultes antisémites, les violences, mais les souligner pour instiller le soupçon, la rumeur, puis faire éclater la calomnie. Une fois encore Les Gilets Jaunes en font les frais, et La France Insoumise par ricochet. Qui peut croire, sérieusement, que Jean-Luc Mélenchon est antisémite ? Qui peut oublier, parce que Marine Le Pen s’indigne publiquement, que son mouvement politique a été édifié par son père sur des fondements révisionnistes ? Mais calomniez, détournez, simplifiez, il en restera toujours quelque chose…

Netanyahou n’est pas Sion

L’antisémitisme est un phénomène complexe, vieux comme les juifs, réel comme un cauchemar éveillé qui résurge périodiquement avec de nouveaux masques. Il repose sur des préjugés particuliers, comme tout racisme : le Juif serait riche, intellectuel, protégé, lobbyiste, tenant les manettes du pouvoir. Dans une Europe qui se veut chrétienne il est fantasmé comme un concurrent politique, contrairement à l’Arabe ou au Noir fantasmés comme des concurrents sexuels. Il ne faut donc pas le dominer et le domestiquer, mais l’éliminer. Ce que des siècles de pogroms et d’holocauste ont presque réussi à faire.

Aujourd’hui la résurgence de l’antisémitisme provient, en grande partie, de la politique israélienne, mais il repose encore sur ces préjugés. Le vocable « antisioniste », ambigu au possible, désignait à l’origine les Juifs qui ne voulaient pas créer l’État d’Israël. Se dire antisioniste aujourd’hui signifie-t-il qu’on est pour la destruction de l’État d’Israël, c’est-à-dire antisémite ? Ou contre la politique de colonisation et de violence du gouvernement israélien, ce qui semble aujourd’hui la moindre des choses, et représenter l’opinion très majoritaire de la diaspora ?

En déclarant qu’être antisioniste c’est être antisémite Emmanuel Macron, comme en lançant le Grand Débat, s’essaye au détournement machiavélique et sème le doute pour abattre ses adversaires politiques. Contre la rumeur et la calomnie, la seule arme est l’esprit de finesse.

AGNÈS FRESCHEL
Février 2019