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Eux et nous

Journal Zibeline actualit culturelle

Nous sommes arrivés peu à peu aux portes d’une guerre acceptée. Dans une de ces périodes historiques où se dessinent un nous et un eux qui n’éprouvent plus leur humanité commune. Peut-on encore le refuser ? Clamer je suis Mireille Knoll, et dans le même temps je suis le Gazaoui descendu par les tirs israéliens, et dont l’actualité ne retient pas le nom ? Je suis le gendarme héroïque, je suis le boucher tué au hasard, mais je suis aussi le soldat israélien et l’assassin antisémite, le terroriste islamiste, l’exécutant et le barbare ?

L’Europe depuis toujours accorde moins de valeur à ceux qui ne sont pas nés dans son enclos. Ecrit Égalité sur ses frontons républicains mais consolide les clivages ethniques et les inégalités sociales. Et, aujourd’hui, rejette vers le néant et l’impensé ceux qui fuient leur pays en proie aux violences et à la misère.

Françoise Nyssen a lancé un appel aux acteurs culturels afin qu’ils facilitent l’accès à la culture des exilés, alors même que certains sont matraqués, dorment dans le froid et sans secours alimentaire, ou sont reconduits à la frontière, souvent vers la mort. Et que ceux qui leur portent secours sont assignés devant les tribunaux.

Ainsi, on nous demande de choisir parmi les exilés ceux qui seront traités en humains. Ceux qui auront le droit d’être accueillis, protégés, d’accéder à la culture. À notre culture (et pas la leur), notre sol (et pas le leur), notre humanité (et pas la leur ?).

L’origine des guerres qui nous attendent est là, dans ce déni d’humanité qui permet de rester indifférent à la mort de l’ennemi. Devenu ennemi non parce qu’il est dissemblable, mais parce qu’il veut être comme moi.

AGNÈS FRESCHEL
Avril 2018