État laïque

Journal Zibeline actualit culturelle

Vous imaginez être accueilli à l’entrée de Marseille par un grand panneau proclamant Allah est grand ? Pourtant, sur l’A7, surplombant les flots d’automobilistes quotidiens, Christ est mort pour nos péchés s’affiche depuis des dizaines d’années. C’est notre culture ? Que ressentent ceux qui en ont une autre lorsqu’ils voient les élus assister à la bénédiction des navettes ou des cloches, et qu’ils chôment les fêtes catholiques alors qu’ils doivent poser un jour pour L’Aïd el-Kebir, ou le Yom Kippour ?

Plus que jamais l’État Français se doit d’être exemplaire : imposer une laïcité ambigüe à la population musulmane, qui n’a pas la même histoire républicaine, aboutit aujourd’hui à des tensions intolérables, sans parler des assassinats. Ne sait-on pas que la violence est souvent réactive, et qu’identifier la source de l’agression ressentie est le meilleur moyen d’en tarir les effets ? Religions majoritaire ou minoritaires, historiques ou récente, doivent être traitées de la même façon ; alors elles accepteront de circonscrire leurs rites à la sphère privée, et d’être commentées, raillées, et protégées.

Car être Juif ou Musulman en France reste dans les esprits être moins Français que les autres. C’est un fait, qu’il faut avoir ressenti pour en mesurer les conséquences psychologiques. Si les intégrismes venus de contrées étrangères frappent si fortement, c’est parce qu’ils trouvent dans notre pays un terrain favorable à leur prosélytisme sanglant. Désormais, si l’État Français veut échapper à l’affrontement civil, il faut exiger des Catholiques français l’abandon des signes publics de leur ancienne domination ; il faut rappeler la longue histoire des Juifs français pour que chacun la comprenne ; il faut que les Musulmans français puissent pratiquer l’arabe ou les langues africaines dans les écoles de la République, afin que leur biculturalisme devienne enfin l’atout qu’il devrait être. Alors seulement le fossé de haine qui se creuse sous nos yeux sidérés pourra être comblé, et la menace des fascismes repoussée.

AGNÈS FRESCHEL
Février 2015